Cessez le feu à Kampala, un véritable piège : M23 et délégation congolaise sur le point d'échanger des coups
Les négociations entre les « insurgés-mutins-rebelles » dits M23 et la délégation officielle de l'Etat congolais risquent de croiser un mur d'acier difficile à franchir lorsqu'on sait désormais s'apercevoir qu'il s'agit d'un jeu des pièges auquel se livrent les protagonistes.
Le premier piège tendu par le M23 a été de faire signer à la partie gouvernementale un règlement d'ordre intérieur qui demandait aux parties de discuter et de trouver des solutions en faisant fi de la Constitution de la RDC.
Le M23 avait tendu ce piège pour tenter d'obtenir la gestion administrative de la province du Nord Kivu où il proposait nommer un homme d'affaires de Goma comme Gouverneur de cette province minière de l'Est de la RDC. La visée, bien entendu, c'était de permettre aux Rwandais de contrôler aussi politiquement la province du Nord Kivu qui nourrit toujours leur rêve depuis l'époque de la rébellion du Rassemblement Congolais pour la Démocratie(RCD).
Heureusement pour les uns et malheureusement pour les autres, ce piège a été surmonté à travers cette incise contenue dans le règlement intérieur adopté et signé par les deux parties à savoir : « le dialogue se fait aussi de manière à ne pas porter préjudice à la Constitution de la République Démocratique du Congo, tout en trouvant des solutions au conflit dans l'Est de la RDC. »
Le respect de la Constitution va éviter aux négociateurs l'idée de croire qu'ils peuvent discuter de l'ordre institutionnel ou même constitutionnel et de la remise en cause du pouvoir légalement établi tant il est vrai que l'article 70 de la Constitution stipule que « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. »
S'agissant des Gouverneurs que le M23 voudrait bien nommer au Nord Kivu, leurs intellectuels feraient mieux de lire à l'intention de la délégation rebelle l'article 198 de la même Constitution qui dispose que : « Le Gouverneur et le Vice sont élus pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois par les députés provinciaux au sein ou en dehors de l'Assemblée Provinciale. Ils sont investis par Ordonnance du Président de la République. »
Le deuxième piège tendu par le M23 est de tenter de faire signer un cessez le feu. Par ce cessez le feu, le M23 veut donc se légitimer comme belligérant devant négocier d'égal à égal avec le gouvernement congolais et ainsi cracher sur tous les cinq sommets des Chefs d'Etats de la CIRGL tenus depuis le 15 juillet 2012 à Addis Abeba puis à Kampala.
Pour le M23 qui a une mémoire pas très courte, il sied de rappeler que dans la réunion du 15 juillet 2012 à Addis Abeba, les 11 Chefs d'Etats de la CIRGL , dans leur déclaration dûment signée, avait décidé ce qui suit au point 4 : « demandons aux structures appropriées de la CIRGL de travailler avec l'Union Africaine et les Nations Unies en vue d'établir immédiatement une force internationale neutre pour éradiquer le M23, les FDLR , ainsi que toutes les autres forces négatives opérant dans l'Est de la RDC et pour assurer le contrôle et la sécurisation des zones frontalières. »
Et au point 6 de la même déclaration d'Addis Abeba, les Chefs d'Etat ont décidé ce qui suit : « Exigeons de toutes les forces négatives, en particulier le M23, la cessation immédiate de leurs activités armées et qu'aucun appui ne puisse leur être accordé aux fins de déstabiliser la région, et plus particulièrement dans l'Est de la RDC. »
La délégation gouvernementale ne veut donc pas signer un cessez le feu par respect aux décisions des Chefs d'Etat de la Région qui ont clairement identifié le M23 comme force négative au même titre que les FDLR.
Cela est même rappelé dans le règlement intérieur au point B du préambule qui stipule que « le dialogue se tient sur la base et dans le cadre des décisions prises par les Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CIRGL. »
Toute analyse objective faite, la signature d'un cessez le feu avec le M23 serait suicidaire pour la partie congolaise car un tel agissement compromettrait tous les efforts de déploiement de la force internationale neutre qui n'aurait plus de travail à faire sur terrain. Or l'opinion doit se rappeler que cette force a aussi pour mission d'éradiquer les FDLR qui écument la région. Interdire son arrivée en signant le cessez le feu avec le M23 serait perçu comme une volonté du Gouvernement congolais de voir les forces négatives(M23 et FDLR) continuer les massacres, viols, assassinats et actes de terrorisme perpétrés au Nord et Sud Kivu, particulièrement.
Sur un autre chapitre de l'analyse, le faire serait comme demander à Paul Kagame de signer un acte de cessez le feu avec le FDLR qui terrorisent çà et là dans la région des grands lacs.
Aussi, la signature du cessez le feu consacrerait la balkanisation du pays car le M23 aurait de droit le contrôle de Rutshuru, Nyiragongo et consort et personne ne pourait lui dire de ne pas en jouir.
A voir donc le refus du Gouvernement congolais, on peut bien comprendre qu'il a bien lu la définition d'un cessez le feu.
En effet, un cessez-le-feu est l'arrêt ou la suspension des hostilités en période de guerre. Il s'agit d'un accord bilatéral, le plus souvent négocié et signé par des représentants d'au moins deux parties en conflit. Il s'agit parfois d'une décision unilatérale proclamée par un des protagonistes, en particulier lorsque les négociations ne peuvent que difficilement se tenir, ou en l'attente de celles-ci.
Selon les spécialistes des conflits à travers le monde, le cessez le feu peut s'appliquer à tout groupe d'individus, armée régulière, milice ou autre, et pour toute situation de conflit.
Toutefois, il ne peut se réaliser que si les deux parties en conflit sont bien individualisées et que leurs représentants ont autorité sur les belligérants. Cela exclut de fait certaines mouvances terroristes actuelles beaucoup trop polymorphes pour que des négociations uniques puissent être envisagées.
Compris avec cette réserve, il ya lieu de se demander si réellement les représentants politiques du M23 ont autorité sur les militaires ou si c'est l'inverse.
En effet, on pourrait être tenté de confirmer l'inverse car lors du retrait du M23 de la ville de Goma, il y avait une contradiction entre le chef civil du Mouvement et le chef militaire qui a reçu l'ordre de quelque part. Le pasteur Runiga qui ne sait pas le bateau à bord duquel il se trouve avait juré qu'il ne quittera pas Goma. Au même moment, le chef militaire Makenga était avec les journalistes pour annoncer le retrait de ses hommes.
Cela prouve à suffisance qu'un cessez le feu signé risque de l'être avec des partenaires qui n'ont aucune autorité sur les belligérants.
Par ailleurs, faut-il rappeler à l'intention de l'opinion tant nationale qu'internationale qu'au sein du M23, il se dessine maintenant deux ailes : l'aile Makenga proche de Laurent Nkunda et qui serait favorable au dialogue de Kampala et l'aile Bosco Ntaganda qui vient de nommer Baudouin Ngaruye au grade de Général de Brigade pour conter l'aile Makanga.
Cette bipolarisation est perçue comme dangereuse car la deuxième aile pilotée par Bosco Ntaganda est militariste car toute négociation et donc toute démarche de paix aboutirait par l'arrestation de son chef recherché par la Cour Pénale Internationale.
On peut donc présumer qu'un cessez le feu pourrait être signé à Kampala et une déclaration est faite par l'aile Bosco qui se dit ne pas être concernée. Ce qui paraitrait ridicule pour le Gouvernement congolais qui, pourtant, est supposé avoir des services pour le prévenir.
Et face à la découverte de tous ces pièges par le gouvernement congolais, Kampala risque de se transformer en un ring de boxe en lieu et place de la kalachnikov.
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