Patrice Lumumba et Laurent-Désiré Kabila, deux héros nationaux au même destin !
Bien que n'ayant pas été des contemporains, les Héros nationaux Patrice Lumumba et Laurent-Désiré Kabila sont liés par un destin commun qui a même fait juxtaposer les dates du sacrifice suprême par lequel leurs ennemis les ont éliminés
17 janvier 1961 et 16 janvier 2001, la mémoire individuelle et collective des Congolais se souviendra encore et toujours de la brutale disparition de P. E. Lumumba premier Premier-ministre de l'Etat congolais naissant, et de Laurent-Désiré Kabila, troisième Président de la RDC. Quand bien même les deux hommes appartiennent à des époques différentes, il n'en reste pas moins vrai que leur odieux assassinat est lié comme l'affirme le professeur historien Isidore Ndaywel è Nziem alors commissaire Général au comité scientifique de cinquantenaire, au nationalisme congolais, qu'il faut comprendre comme synonyme du patrimoine de bon aloi, celui qui combat l'extraversion et prône la mobilisation des énergies internes en vue du développement. Antithèse du colonialisme, il l'est tout autant du néocolonialisme.
Il passerait par une démarche de rupture et de la remise en question comme condition nécessaire et indispensable à l'éclosion des solidarités réelles, équilibrées et stables. Si Lumumba a préféré mourir tête haute, il avait la foi inébranlable et confiance profonde dans la destinée de son pays. Il se refusait de vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés comme il l'écrit à Pauline, son épouse. Tandis que pour Kabila, il avait choisi son camp, le camp populaire. « Je ne trahirai pas mon peuple. Assassinat ou attentat cela ne va rien changer », aimait-il dire. Clôturant les manifestations festives qui ont marqué le cinquantenaire de l'indépendance de la RDC, l'Université congolaise leur a rendu les hommages académiques en tant que héros nationaux.
Toges sur les épaules, les différents intervenants ont au cours d'une cérémonie solennelle organisée à cet effet dans le magnifique cadre de l'Université du Centenaire tenté, arguments à l'appui de ressortir les similitudes des pensées politiques et des combats menés par les deux illustres disparus. Le professeur Mashako Mamba alors ministre de l'ESU relève qu'encore très jeune Lumumba inscrit son engagement politique autour des valeurs fondamentales, notamment le nationalisme, le patriotisme, l'unitarisme, la liberté, et l'indépendance. « Entre la liberté et l'esclavage, il n'y a pas des compromis », disait-il. Assassiné, tout aussi jeune, Kabila prend le flambeau du patriotisme et s'érige en continuateur de l'uvre de Lumumba. « Maman, ils ont assassiné Lumumba, je serai un autre Lumumba ».
Tentant de rapprocher leurs pensées politiques, soubassements de leurs combats, le Pr. Elie Ngoma Binda, Doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de l'UNIKIN, fait ce constat : « Si pour Kabila, il n'est pas nécessaire de se faire arrimer au capitalisme sauvage pour exister comme nation et comme individualité ou comme peuple civilisé, pour Lumumba il est logique et humain de rendre au colonisé sa liberté pour exister vraiment comme personne humaine. Pour Lumumba, l'impérialisme est une orge odieuse qui dévore des innocents : les peuples colonisés, les négrifiés et les tiermondisés.
Pour Kabila la domination des autres par le colonialisme forcené est, ni moins ni plus, une entreprise satanique qu'il est moralement, légitime et impératif de combattre avec force, détermination, sans jamais fléchir, ni trahir fut-il durant des très longues années de privations, des souffrances, d'errances à travers forêts et patries étrangères. Pour M'Zee, la survie du Congo et de l'homme dans le monde ne sera garantie que par la mise à mort de l'ordre impérialiste, pour Lumumba, le Congolais, et à travers lui l'Africain, ne parviendra à l'humanité et à la vie digne le 28 décembre 1958, revenant de la conférence d'Accra, Lumumba déclarait « nous voulons nous libérer pour collaborer avec la Belgique dans la liberté, l'égalité et la dignité.
La collaboration n'est pas possible dans les rapports de sujétion ». Le professeur Ndaywel souligne que c'est au non de cette idéologie que les deux personnalités ont été tuées non pas de manière accidentelle et imprévue, mais à la suite des planifications rigoureuses et macabres. Et d'ajouter : « Comme victimes, Lumumba et Kabila ont vu venir la mort, conscients du danger qui le guettaient. Mais tous deux ont choisi la voie héroïque ».
Chacun en son temps, a accepté l'éventualité de ce triste sort, plutôt que de s'y soustraire en renonçant à l'idéal. C'est au regard de leurs combats que les deux héros ont trouvé leur place dans la renaissance africaine. Pour que le sacrifice de nos deux héros ne soit pas vain, le recteur de l'UNIKIN, Jean-Berchmans Labara recommande aux Congolais : « Une aversion sans compromis pour la servitude, toute forme de colonisation et d'exploitation ; un patriotisme sans faille, dans une vision politique, économique et sécuritaire, sous-tendue à la foi par la cohésion interne et la solidarité africaine ; une passion illimitée pour la liberté, la dignité, le bien commun du peuple ; une foi sans équivoque dans la capacité de l'auto prise en charge ; un combat acharné contre les antivaleurs et une confiance profonde dans la vertu de mobilisation du peuple, surtout de la jeunesse dans l'uvre de reconstruction, de développement et de renaissance ».
Comme Saint Paul à Timothée, souvenons-nous toujours de ceux qui ont été les portes flambeaux de notre libération, de la manière dont ils ont mené leurs combats, et de la manière dont ils ont quitté la terre des hommes. C'est le devoir de mémoire.
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