1. Gouverneur du Nord-Kivu, province en ébullition depuis mars 2012, quel diagnostic présentez-vous de la situation sécuritaire de cette province ?
Effectivement, le Nord-Kivu traverse une situation très dramatique parce que depuis bientôt une vingtaine d'années, cette province a connu des guerres récurrentes, des rébellions et aujourd'hui une agression, tous rapports considérés, nous vient du Rwanda. Tout est parti de la décision du chef de l'Etat de mettre fin aux opérations Amani Leo qui étaient dirigées par le général Amuli secondé par le général Bosco Ntaganda.
Voyant la fin des opérations, Bosco Ntaganda s'est vu en difficulté, surtout qu'au niveau de la Cour Pénale Internationale (CPI), on venait de juger coupable Thomas Lubanga, avec qui il a commis des crimes en Ituri (Province Orientale). C'est dans ces conditions qu'il a fui dans le Masisi. En moins de 10 jours, les FARDC ont pu mettre fin à son aventure.
Entre-temps, une trêve avait été décrétée pour permettre aux éléments FARDC indisciplinés de rentrer dans les rangs ; Bosco Ntaganda en a profité pour s'éloigner davantage et gagner la frontière rwandaise. Et c'est de là qu'il a reçu des renforts pour engager une nouvelle guerre contre la RDC.
Actuellement, la situation au Nord-Kivu est telle que je viens de la présenter. Heureusement que la CIRGL a saisi la balle au bond pour essayer de limiter les dégâts parce n'eût été cette implication, la situation serait devenue catastrophique. Et en tant que politique du Nord-Kivu, nous nous en tenons aux aspects diplomatiques tels qu'ils ont été initiés par le chef de l'Etat, aux efforts de s Nations unies, de l'Union africaine et de la CIRGL pour permettre à ce que le Nord-Kivu et toute la partie retrouvent finalement la paix.
Cette crise a eu des implications, notamment dans le domaine humanitaire, où nous avons aujourd'hui plus d'un million de déplacés internes, à côté de 100 mille de nos compatriotes qui ont traversé les frontières : les uns au Rwanda, les autres en Ouganda. Ce drame humanitaire en appelle à la conscience de tous les Congolais et de la communauté internationale.
2. En tant qu'autorité politico-administrative concernée au plus haut point par cette insécurité, quelle piste de règlement global de la question proposez-vous à la nation ?
Moi, je pense que tout passe par la reconstitution de notre système de défense, parce que tout ce que nous avons connu comme débâcle, comme dérapage, trahison au sein de nos forces armées est lié à ce que, moi j'ai toujours appelé, le piège dans lequel le processus de construire notre armée s'est retrouvé depuis les années 1996. On a eu dans notre armée beaucoup d'infiltrés, de personnes sont venues au service militaire alors qu'en réalité elles servaient autre cause que l'intérêt nation.
Je considère que la solution durable pour notre pays passe par le recrutement des jeunes gens au sein de nos forces armées pour expurger petit à petit tous ces infiltrés qui s'y retrouvent mais aussi de mettre en place une armée de gens qui ont la vocation de défendre la patrie. Notre armée était reconstituée sur base de rébellion, de brassage et regroupement d'anciens rebelles qui n'avaient aucun objectif, notamment celui d'asseoir au centre de l'Afrique une puissance.
3. Autorité morale du Burec, qu'est ce que cela veut dire et quelle est la raison d'être d'une telle structure dans un microcosme où il y a foisonnement sans résultat notable sur le terrain ?
Comme on a pu le suivre le samedi 12 janvier 2013 lors du 1er anniversaire de notre parti que nous avons créé il y a une année, c'était suite à l'évaluation du processus politique de notre pays. Nous avons commencé à nous intéresser à la politique depuis 1990, mais nos pensées, notre vision, nos options fondamentales n'avaient jamais trouvé un espace à l'intérieur duquel elles devaient être entendues.
Raison pour laquelle, après les élections du 28 novembre 2011, nous avons estimé qu'il était important que nous puissions apporter un plus, en termes de réflexion, dans le microcosme politique congolais. Le Burec veut dire Bloc uni pour la renaissance et l'émergence du Congo est un parti de gauche, de la social-démocratie qui prône les valeurs de liberté, surtout le débat pour qu'à l'issue de ce débat sur des questions fondamentales qui rongent le pays, nous envisagions une thérapeutique appropriée.
Nous avons constaté depuis quelque temps que le politique congolais s'était constitué en donneur de leçons, un homme qui cherche à gagner immédiatement pour assurer sa survie momentanée ou immédiate. Notre parti a une vision prospective ; nous voulons que le Congolais commence à réfléchir par rapport au Congo de 2020, 2035 C'est cela le type de débat et l'innovation que nous apportons dans le microcosme politique congolais.
4. Qu'est-ce que le Congolais est en droit d'attendre des pourparlers de Kampala ?
Lorsque la communauté internationale ou les organisations régionales s'impliquent dans une crise, il faut laisser la chance à ce que ces initiatives aboutissent. Mais je sais aussi que Kampala sera buté à une difficulté majeure parce que dans tout pourparler, il faut se rassurer que le négociateur a de l'autorité sur les acteurs qui sont sur le terrain.
Si on signe un accord à Kampala, la question est de savoir quelle garantie rassure que l'accord sera exécuté sur le terrain. A mon avis, il existe deux ailes au sein du M23 : l'aile Makenga serait prête à emboîter le pas aux négociations pour qu'elles aboutissent alors que l'aile Ntaganda est militariste, parce que tout processus de paix aboutirait à l'arrestation de Bosco Ntaganda. Raison pour laquelle cette aile n'est pas prête à soutenir un processus de paix durable qui ouvrirait la voie à son arrestation.
5. Quel bilan dressez-vous de votre action en 2012 à la tête du Nord-Kivu ?
Il est très difficile de dresser un bilan pour 2012 parce que l'année compte 12 mois, mais déjà en mars, la guerre a éclaté au Nord-Kivu ; et ce sont 9 mois de guerre. Toute personne, dans les mêmes conditions que les miennes ne peut pas, dans ces circonstances-là, dresser un bilan en termes de réalisations des projets inscrits dans le budget provincial ; tellement que tous nos moyens étaient pris en otage par la rébellion.
Nous nous sommes engagés à la recherche du rétablissement de la paix, de la stabilité dans notre province, à limiter les dégâts lorsque nous avons eu cette multitude des groupes armés qui naissaient à la suite de cette création du M23. Nous nous sommes attelés à sensibiliser les Congolais. Nous ne voulions pas que nous soyons butés à la somalisation du Nord-Kivu
PROPOS RECUEILLIS PAR ST AUGUSTIN KINIENZI
(*) Gouverneur du Nord-Kivu et autorité morale du Burec
Le Gouverneur Julien Paluku Kahongya dément catégoriquement toute prétendue coopération avec les FDLR. : Le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya a, au cours d'un point presse tenue ce jeudi 05 juillet, en sa résidence officielle, démenti catégoriquement les allégations faisant étant d'une prétendue coopération de sa part avec les rebelles rwandais des forces démocratiques pour la libération du Rwanda, Fdlr. Au cours de ce face-à-face avec la presse, l'autorité provinciale a tout d'abord éclairé l'opinion au sujet des efforts entrepris par la République Démocratique du Congo dans le cadre du rapatriement des rebelles et autres réfugiés rwandais ... lire la suite
COMMUNICATION DU GOUVERNEMENT DE LA RDC SUR LA SITUATION SECURITAIRE AU KIVU. : Le 30 avril 2012, une mutinerie éclatait dans trois unités des FARDC au Nord et au Sud Kivu. D’anciens membres de groupes armés intégrés récemment dans l’armée avaient déserté avec leur ancien chef, Bosco Ntaganda, pour tenter de lancer une énième rébellion armée à l’Est. On observera peu après des tentatives similaires ... lire la suite