En boudant la Brigade d’intervention, Kagame s’oppose en vérité à la neutralisation de ses rebelles Fdlr abandonnés en RDC
Jamais perfide stratagème n’a été imaginé par un soi-disant homme d’Etat de bonne foi et soucieux de promotion de son peuple et de ses voisins que celui dont use le dictateur de Kigali qui préfère voir dépérir lentement ses compatriotes rebelles abandonnés en RDC pour servir de prétexte de protection de son pouvoir
Etrange logique que celle de Kigali et du M. 23 unis par l’ethnocentrisme ! Au moment où tout le monde mise sur la Brigade d’intervention pour neutraliser les groupes armés, notamment les Fdlr qui menacent le Rwanda à partir de l’Est de la RDC, Paul Kagame et Sultani Makenga en prédisent l’échec !
Ils préconisent, certes, la solution politique pour les Congolais mais excluent en même temps la même solution au Rwanda au motif que l’Opposition y est constituée de génocidaires et de négationnistes !
Un dirigeant du M.23 s’est même fait l’avocat de Kigali en (se) demandant si l’on pouvait imaginer, après la Seconde guerre mondiale, des négociations avec des Nazis.
Ainsi, dans la logique de Kigali et du M.23, il n’est question ni de neutralisation des Fdlr, ni de négociations avec elles ! C’est comme s’ils sont pour la continuité de la guerre en RDC, quitte à « produire » d’autres morts, d’autres déplacés internes, d’autres réfugiés sur fond d’autres pillages du tissu économique et social.
C’est comme si Paul Kagame en appelle subtilement à son isolement de toutes actions diplomatiques et sécuritaires visant les Grands Lacs puisque, à l’en croire, la crise des Grands Lacs est l’affaire de la RDC avec la communauté internationale…
Dans sa dernière interview à « Jeune Afrique » publiée dans l’édition du 27 mai 2013, Paul Kagame soutient, certes, que « les problèmes du Congo nous concernent dans la mesure où il abrite depuis dix-neuf ans une force armée revancharde issue du génocide de 1994 et qui n'a pas renoncé à finir le travail’ ».
Il ajoute cependant : « Mais, il appartient au gouvernement congolais et à la communauté internationale de les résoudre » parce que, croit-il, « Tout se passe comme si, ayant échoué », ces deux entités « estimaient que le Rwanda devait payer pour cet échec ». « Nous ne l'acceptons pas », clame-t-il.
Par rapport aux interférences de Kigali dans la crise congolaise, il poursuit : « Pourquoi a-t-on décidé de ne pas nous croire, alors que tout le monde s'accorde à reconnaître que les problèmes du Congo sont des problèmes fondamentalement congolais ? Qu'ils touchent à la gouvernance, à la citoyenneté, à l'identité de ce pays ? ».
Il considère que le monde en veut à son pays pour deux raisons : la première, d’ordre psychologique et historique, est la culpabilité relative au génocide. « La communauté internationale n'a su ni prévenir ni arrêter le génocide des Tutsis, encore moins gérer ses conséquences. D'où un lourd sentiment de culpabilité. Pour l'alléger, il faut que le Rwanda soit en permanence coupable de quelque chose », déclare-t-il, sans savoir qu’en mettant l’accent sur les Tutsi, c’est toute la communauté hutu indistinctement qu’il rend responsable du crime.
La seconde raison, révèle-t-il, « touche au rapport de l'Afrique avec le monde ». Il fait observer que « de par son histoire spécifique, le Rwanda est en tête du combat pour une Afrique digne, libre, maîtresse de sa destinée et de ses ressources ». Il conclut : « Cela ne plaît pas à tous, c'est une évidence Ramenons-les à leur petit niveau’, se disent-ils... ».
Prédisant l’échec de la Brigade d’intervention, Paul Kagame dit : « Je crains que cela n'ait aucun sens, mais laissons-les essayer : le Rwanda ne s'y oppose pas, même si je sais à l'avance que cela ne résoudra rien. La solution doit être politique, parce que le problème est politique. En quoi une brigade d'intervention équipée de drones de surveillance est-elle un remède au déficit de gouvernance, d'infrastructures, d'institutions et d'administration dont sont victimes les populations ? Ce n'est ni le bon diagnostic ni le bon médicament. C'est tout simplement ridicule ».
S’agissant du M.23, il affirme d’emblée : « Le M23 n'est pas mon affaire, c'est l'affaire du gouvernement congolais. Et puis, pourquoi cette obsession du M.23 ? Il y a beaucoup d'autres groupes rebelles au Congo qui, apparemment, n'intéressent personne ».
Bref, le président rwandais dégage la responsabilité de son régime dans la situation d’insécurité qui prévaut à l’Est de la RDC et engage totalement celle du gouvernement congolais et de la communauté internationale. Soit.
Jakaya, Zuma, Macky face à Obama
Ceux qui ne connaissent pas l’histoire de la guerre du 2 août 1998 à l’origine du bilan, qualifié à juste titre d’effarant au regard d’énormes dégâts humains, environnementaux, économiques et socioculturels qu’elle continue d’occasionner, pourraient vite dédouaner Paul Kagame. Heureusement que ceux qui ont vu venir cette guerre se souviennent qu’à l’époque, le régime rwandais l’avait justifiée par les mêmes griefs mis à charge du Pouvoir de Laurent-Désiré Kabila.
Kagame y avait ajouté le plus émouvant et choquant, à savoir la perpétration du génocide des Tutsi congolais en RDC, succédant au génocide des Tutsi rwandais vivant au Rwanda. Comme pour faire des Tutsi des malaimés dans ces 2 pays !
On connaît la suite : la communauté internationale prendra fait et cause pour Kigali, fermant les yeux sur l’agression à la base de près 5 millions de morts, de 2 millions de déplacés internes et de 400 mille réfugiés congolais, suivis de pillages des ressources naturelles et autres richesses congolaises, en plus des violations et des violences perpétrés sur des Congolais. C’est plus tard que cette communauté réalisera sa méprise.
Fait pour le moins étrange : le cycle des conflits aura été délibérément entretenu par des mouvements insurrectionnels à prédominance ethno-tribale avérée : Rcd, Upc, Cndp hier, M.23 aujourd’hui. Tous, à un moment ou à un autre, ont bénéficié du soutien de Kigali.
Dans une réflexion publiée le 6 juin 2012 à l’avènement du M.23 et reprise le 22 mars 2013 dans la foulée de l’arrestation de Bosco Ntanganda, on en est venu à demander « Pourquoi Kigali ‘décapite’-t-il les Tutsi congolais en envoyant leurs leaders à la Cpi ? » ! Car, c’est bien de cela qu’il s’agit quand on se réfère à Thomas Lubanga et à Bosco Ntanganda.
Dans l’article récent sur-intitulé « La veille du séjour de Barack Obama en Tanzanie » et intitulé « Kagame et Museveni se voient imposer le dialogue avec leurs rebelles ! », rappel a été fait des actions diplomatiques et sécuritaires entreprises successivement par le Premier ministre Léon Kengo sous Mobutu (1994 à 1996) ainsi que par les Présidents Laurent-Désiré Kabila (1998-2001) et Joseph Kabila (2011-2013) pour restaurer la paix dans les Grands Lacs, priorité étant réservée à l’Est de la RDC.
Bien plus, Joseph Kabila a entrepris concomitamment des actions politiques, certaines lui ayant été recommandées par la communauté internationale, cas du Dialogue intercongolais, du brassage et du mixage !
On devrait avoir aujourd’hui le courage de se demander qui finalement, de Kabila et de Kagame, aura le plus contribué dans les Grands Lacs à la restauration de la paix, fondement de la démocratie et du développement !
Au regard de toutes ces actions, c’est bien le chef de l’Etat congolais. Et c’est parce qu’il reconnaît cette évidence que le dimanche 26 mai 2013, à Addis-Abeba, le président tanzanien Jakaya Kikwete a dit haut, en présence de Ban Ki-moon, tout ce que ses pairs pensent et savent. La preuve est que depuis, aucun ne l’a démenti.
On peut alors s’en assurer déjà : à Dar-es-Salam, Jakaya le redira à Obama. A Pretoria, Zuma le fera. A Dakar, Macky Sall le réaffirmera.
Kagame en train d’user de son devoir d’ingratitude !
D’autant plus que la « prédiction » par Paul Kagame de l’échec de la mission de la Brigade d’intervention signifie, concrètement parlant, que dans son entendement, les Fdlr doivent être préservées ! On comprend, d’ailleurs, pourquoi les branches armées du Rcd, de l’Upc, du Cndp et du M.23, malgré la logistique militaire à leur disposition, n’ont jamais véritablement affronté les Fdlr.
Au contraire, profitant du brassage et du mixage, elles ont systématiquement déstabilisé les Fardc, comme pour les mettre dans l’impossibilité d’attaquer sérieusement les positions des « génocidaires ». Par contre, le Fpr, le Rcd, l’Upc, le Cndp et le M.23 ont toujours excellé dans la dénonciation de la « collusion » Fardc-Fdlr !
Au regard de ce qui précède, il s’avère que le régime rwandais a impérativement besoin de la présence des Fdlr en territoire congolais. C’est son stratagème favori pour justifier son rejet d’ouverture politique, son Opposition n’étant, à ses yeux, constituée uniquement que des génocidaires et des négationnistes n’ayant pas encore « fini le travail ».
Dans ce stratagème, le M.23 est son dernier bras séculier après le Rcd, l’Upc et le Cndp.
Quand alors, dans une de ses réponses à « Jeune Afrique », Paul Kagame s’inquiète de l’obsession sur le M.23 et fait remarquer la présence en RDC « d'autres groupes rebelles au Congo qui, apparemment, n'intéressent personne », c’est bien-là un indice de culpabilité crédible, d’autant plus qu’il tente de faire croire à l’opinion que la Brigade d’intervention vise uniquement le M23 pendant que la mission de cette force est de neutraliser tous les groupes nationaux et étrangers réfractaires à la paix dans les Grands Lacs !
Au nombre des premiers, on peut citer les M.23, Raia Mutomboki, Fdc, milice Nduma, Floc, Mcc, Alec, Frpi, Cgai, Mrpc et les Maï-Maï ; au nombre des seconds les Fdlr pour le Rwanda, l’Adf, la Lra, l’Unrf II, Wndf, le Nalu et les Fda pour l’Ouganda.
Pourtant, Paul Kagame devrait appuyer la Brigade d’intervention mieux équipée pour la neutralisation effective des Fdlr. Curieusement, il s’émeut de la neutralisation du M.23 dont le dernier exploit en date a consisté – la veille de l’arrivée de Ban Ki-moon en RDC le 22 mai 2013 – à attaquer des Fdlr supposées présentes à Mutaho, alors que ce mouvement devrait plutôt alerter l’Onu via la Monusco et le Mécanisme conjoint de vérification mis en place par la Cirgl ! Après tout, le Rwanda siège au Conseil de sécurité !
En d’autres mots, le M.23 – à supposer que les informations reçues soient vraies – a simplement permis aux Fdlr de disparaître dans la nature et de rester en terre congolaise. D’ailleurs, même controversé, le bilan qu’il a établi fait état des militaires congolais tués et blessés, et non des rebelles rwandais des Fdlr.
C’est étrange comme exploit de la part des chasseurs des génocidaires ressemblant au voleur qui crie au voleur !
Quant à Paul Kagame, qui réduit le déploiement de la Brigade d’intervention à une affaire concernant la RDC et la communauté internationale, il agit comme s’il voudrait être isolé de toute implication dans les opérations militaires projetées. Il feint malheureusement d’ignorer que sans la communauté internationale – Occident en tête – le Fpr n’aurait jamais pris le pouvoir au Rwanda, et lui-même ne serait jamais chef d’Etat. Ni en Ouganda, ni au Rwanda…
Enivré par le pouvoir, Kagame, est en train d’user de son devoir d’ingratitude.
C’est par l’accomplissement de ce devoir que la plupart des dictateurs tombent…
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