Goma, le 17-05-2012
7 mai 1997- 17 mai 2012: Que retenir de l’alliance de forces démocratiques pour la libération du congo?

L'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) ou parfois Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre, fut une coalition de dissidents à Mobutu Sese Seko et de groupes ethniques minoritaires congolais qui emmenés par Laurent-Désiré Kabila prirent le pouvoir au terme de la Première guerre du Congo (1996-1997). Bien que l'alliance ait réussi à évincer Mobutu du pouvoir, elle ne survécut pas aux tensions entre Kabila et ses anciens alliés, l'Ouganda et le Rwanda, ce qui amena au déclenchement de la Deuxième guerre du Congo le 2 août 1998.
Vers le milieu de 1996, la situation dans le Zaïre oriental devenait de plus en plus tendue. Après le génocide au Rwanda de 1994, des centaines de milliers de Hutus avaient traversé la frontière jusqu'au Zaïre où ils se rassemblèrent en de grands camps de réfugiés. De nombreux participants au génocide, dont des membres des Forces armées rwandaises (FAR) et des miliciens interahamwe, profitèrent de l'anonymat offert par les camps pour se réorganiser dans le mouvement Rassemblement pour le Retour et la Démocratie au Rwanda (RDR). Le RDR commença à utiliser les camps comme base arrière pour son infiltration au-delà de la frontière et conduire une insurrection. Malgré les protestation du gouvernement du Rwanda, le gouvernement zaïrois, et les organisations internationales apportant l'aide humanitaire aux camps ne purent ou ne voulurent pas séparer ces militants des populations de réfugiés.
Au même moment, la situation des Banyamulenge, des Tutsis présents au Zaïre depuis des générations, devenait plus précaire. Ils furent longtemps l'objet de discriminations, étant des arrivants relativement récents dans le pays, de culture et de langue différents des tribus voisines, et instrumentalisés par Mobutu pour entretenir des dissensions dans le pays pour asseoir son pouvoir. L'arrivée massive de Hutus, qui s'en prirent naturellement aux Banyamulenge, accrut encore les tensions. Le gouvernement du Rwanda pour sa part voyait les Banyamulenge comme des alliés naturels, et leur apporta un soutien militaire en prévision d'une escalade éventuelle et désormais probable.
Formation de l'AFDL
Le 7 octobre 1996, le vice-gouverneur de la ville de Bukavu au Kivu, suite au fait que le Banyamulenge devenaient de plus en plus armés et présentaient un danger, décréta que ces derniers n'étaient plus les bienvenus et qu'ils devaient quitter le pays. En réponse, les Banyamulenge menèrent un soulèvement armé contre le gouvernement local. C'était le début de la longue guerre entre les Forces Armées Zaroises (FAZ) et le Front Patriotique Rwandaise (FPR) qui opérait sous le nom de Banyamulenge et AFDL. Car, c'est le chef d'état-major rwandais qui en sera le commandant des opérations et de l'assaut qui se préparait. C'est ainsi que au bout de compte, il y aura un échange de mortier entre les FAZ et le FPR stationnées sur les deux rives du lac Kivu. Ces événements sont désormais considérés comme les premiers engagements de la Première guerre du Congo.
Apparemment sorti de nulle part, Laurent-Désiré Kabila, un ancien rebelle marxiste qui, après avoir animé le maquis d'Hewa Bora à Fizi, avait passé la précédente décennie à vendre de l'or en Tanzanie, réapparut comme porte-parole de l'AFDL et leader de son ancien groupe, le Parti pour la Révolution des Peuples. L'AFDL en ce temps-là comprenait aussi le Conseil national de la Résistance pour la Démocratie (CNRD) dirigé par André Kissasse Ngandu, le Mouvement révolutionnaire pour la Libération du Zaïre dirigé par Anselme Masusu Nindaga, et l'Alliance démocratique des Peuples de Déogratias Bugera, surnommé 'Douglas'. Il faut préciser que lorsque le Rwanda et l'Ouganda mettaient en place l'AFDL, Laurent-Desiré Kabila n'y était pas encore associé. La partie congolaise était représentée par André Kissasse Ngandu, comme leader du groupe, Masusu Nindaga et Déogratias Bugera qui représentait les intérêts de Banyamulenge. Et Laurent-Désiré Kabila, pour sa verve oratoire ne va rejoindre l'Alliance que plus tard, comme porte-parole.
Mais, après avoir nié leur participation à la conception, création et animations de l'AFDL, le président du Rwanda Paul Kagame et celui de l'Ouganda Yoweri Museveni, n'ont plus pu se voiler la face lorsque les deux troupes s'affronteront dans la Province orientale, sur la terre, zaïroise pour le contrôle de l'or. Le 22 mai 1999 aura lieu le premier affrontement, plusieurs civils congolais perdront la vie. Du 2 au 4 juin, l'affrontement se répétera. Ce conflit entre le Rwanda et l'Ouganda sur le sol congolais prendra l'allure d'une vraie guerre au mois d'aout et ne prendra fin que le 17 août à la signature de l'accord de Mweya, entre Kagame et Museveni. Et le 22 août 1999, pour un accord de paix, ils se retrouvèrent à Rwakitura..
Le déroulement de la guerre
Les premières actions de l'AFDL furent de prendre les villes proches des frontières orientales et de disperser les camps de réfugiés qui offraient un refuge facile aux militants des forces Hutues du RDR, ce qui fut dénoncé par les organisations humanitaires. À chaque destruction de camp, les réfugiés passaient au suivant, aggravant les problèmes humanitaires et sanitaires. Le camp de Mugunga, au nord du lac Kivu, atteint 500 000 occupants, ce qui le rendait ingérable. Les forces Hutues et zaïroises furent cependant rapidement défaites en de sanglants affrontements, et les provinces du Nord et du Sud-Kivu furent rapidement acquises. Les réfugiés Hutus s'enfuirent, et environ 800 000 d'entre eux revinrent au Rwanda. Plusieurs centaines de milliers d'autres s'éparpillèrent dans les forêts du Kivu, exposés à la famine, aux maladies, aux fauves et aux bandes armées.
Pendant que Kabila, de par ses contacts internationaux et son multilinguisme, était vu comme porte-parole de l'AFDL, la question du dirigeant restait débattue. André Kissasse Ngandu, était le président de l'aile militaire de l'AFDL, le Conseil national pour la Résistance et la Démocratie (CNRD). Cette tension interne entre les deux hommes fut résolue le 4 janvier 1997, quand Ngandu mourut en des circonstances obscures au Bord-Kivu. Kabila se présenta alors comme le président du CNRD, ainsi que porte-parole et responsable politique.
Une fois les Kivus acquis, le reste de la guerre fut essentiellement une longue marche de l'AFDL et de ses alliés à travers le pays jusque Kinshasa. La population, lassée par le régime de Mobutu Sese Seko, accueillit généralement favorablement les conquérants. Les soldats de l'armée zaïroise prirent la fuite, se rendirent sans combattre ou rejoignirent les insurgés. Le 17 mai 1997, après une dernière médiation avortée entre Mobutu et Kabila en compagnie de Nelson Mandela, l'ADFL atteignit le quartier de Masina à Kinshasa et Kabila s'autoproclama président de la République démocratique du Congo. L'ADFL fut rapidement transformée en la nouvelle armée national.
Les principales étapes de la guerre contre le régime du Maréchal Mobutu (octobre 1996 à mai 1997):
- Mobutu est opéré d'un cancer de la prostate dans un hôpital de Lausanne (Suisse).
- Le vice-gouverneur de la province du Sud Kivu ordonne aux quelques 300.000 "Banyamulenge" de quitter le pays dans la semaine sous peine d'être "pourchassés comme rebelles".
- Signature, à Lemera, du protocole d'accord créant l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL). L'AFDL regroupe le Parti de la Révolution Populaire (PRP) de Laurent-Désiré Kabila, le Conseil National de Résistance pour la Démocratie (CNRD) du commandant André Kisase, l'Alliance Démocratique des Peuples (ADP) de Déogratias Bugera et le Mouvement Révolutionnaire du Zaïre (MRZ) de Masasu Nindaga.
- La ville d'Uvira tombe aux mains de la rébellion dite des Banyamulenge.
- Le gouvernement zaïrois, dirigé par Kengo wa Dondo, porte plainte à l'ONU contre le Rwanda et le Burundi, accusés de soutenir la rébellion.
- Appel de l'OUA et de l'ONU pour arrêter les combats et souhait de convocation d'une conférence internationale de la paix.
- Combats à Bukavu. réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur la crise des Grands Lacs. Raymond Chrétien est chargé des contacts préliminaires pour l'organisation d'une conférence internationale.
- Des gouverneurs militaires sont nommés aux Nord et Sud-Kivu : le général Ngwala et le colonel Banga à Goma; le général Michel Elese et le colonel Monga à Bukavu. Les soldats des FAZ (Forces Armées Zaïroises) pillent Bukavu.
- Combats à Kamanyola. Charles Pasqua et Fernand Wibaux, adjoint de Jacques Foccart, rencontrent le Président Mobutu en convalescence à Lausanne (Suisse). Laurent Désiré Kabila se déclare favorable à une force neutre d'intervention , à l'exclusion de la France.
- Chute de Bukavu. Appel de Kabila aux soldats zaïrois pour rejoindre l'AFDL.
- Dans un meeting à Uvira, Laurent Désiré Kabila dévoile son objectif : renverser le régime Mobutu. Violents combats autour de Goma au Nord-Kivu.
- Le HCR-PT zaïrois somme Kengo wa Dondo de rompre les relations diplomatiques avec le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda et réclame l'expulsion de tous les "immigrés rwandais" de l'armée, du service public et des entreprises d'Etat.
- Dans une conférence de presse à Kinshasa, le général Eluki Monga Aundu, chef d'Etat-major général des Forces Armées Zaïroises (FAZ) justifie les échecs de l'armée par le refus du gouvernement Kengo de lui donner les moyens nécessaires à la poursuite de la guerre (le général Eluki sera suspendu de ses fonctions quelques jours plus tard). Agitation à Kinshasa où le Premier Ministre Kengo (ayant des origines tutsi) est de plus en plus contesté.
- Mise à sac à Kinshasa des résidences des ambassadeurs du Rwanda et du Burundi.
- La ville de Goma passe sous le contrôle de l'Alliance, après de violents combats à l'arme lourde. Kabila propose un cessez- le feu de trois semaines pour évacuer les réfugiés rwandais. Refus des autorités zaïroises.
- Mobutu quitte Lausanne pour Cap Martin, en France, afin de poursuivre sa convalescence. Il reçoit l'envoyé spécial de l'ONU, Raymond Chrétien. Annonce officielle de la création d'une force multinationale d'intervention au Zaïre. Réunion à Stuttgart de techniciens militaires occidentaux sur les modalités de la mise sur pied de la force multinationale.
- L'AFDL décrète un cessez-le-feu unilatéral de trois semaines afin de permettre le retour au Rwanda des réfugiés.
- Sommet régional à Nairobi sur la crise zaïroise. Message du Maréchal Mobutu aux Chefs d'Etat de la Zambie, de la Tanzanie, du Kenya et de l'Afrique du Sud.
-Suspension du contrat de fourniture d'armes par l'Afrique du Sud au Rwanda. Opposition du gouvernement de Kigali au déploiement de la force multinationale.
- Les ministres européens de la Coopération optent pour une intervention militaire au Zaïre.
- Le Conseil de sécurité demande que l'Onu prenne des contacts en vue de la constitution d'une "force multinationale pour aider les réfugiés rwandais".
- Washington émet des réserves quant au déploiement de cette force multinationale.
- Les insurgés congolais lancent une offensive contre le camp de Mugunga en vue de neutraliser les troupes de l'ancienne armée rwandaise et les "interhamwe" qui y tiennent les réfugiés en otage.
- Les troupes de l'AFDL prennent le contrôle du camp de Mugunga.
-Le Conseil de sécurité de l'ONU autorise le déploiement d'une force multinationale dans l'est du Zaïre. Des milliers de réfugiés rwandais refluent vers la frontière et commencent à rentrer au Rwanda. D'autres, par contre, s'enfoncent à l'intérieur du Zaïre.
- Mobutu rencontre le leader de l'UDPS, Etienne Tshisekedi, à Nice. Ce dernier se déclare Premier Ministre du Zaïre.
- Réunion à Stuttgart des représentants d'une quarantaine de pays et d'ONG sur la forme militaire ou civile à donner à l'opération d'assistance. Le général canadien Maurice Baril est nommé commandant de la force multinationale.
- Tshisekedi rentre à Kinshasa où il est accueilli par se partisans. S'adressant à eux, il déclare que "la poignée de mains échangée à Nice scelle la réconciliation nationale. Dés que le Président Mobutu sera de retour au pays, les choses sérieuses commenceront".
-A Ottawa, le plan d'assistance est revu à la baisse, reposant sur une mission de reconnaissance militaire non armée en vue de localiser les réfugiés dans l'est du Zaïre. La ville d'Entebbe en Ouganda est choisie pour servir de quartier général.
- La ville de Beni est sous contrôle de l'AFDL.
- Nouvelle rencontre Mobutu - Chrétien à Cap Martin. Réunion à Brazzaville des chefs d'Etat de la région sur la situation dans l'est du Zaïre.
- Tournée du général Maurice Baril au Kivu pour examiner la possibilité d'intervention de la force multinationale.
- Après Beni, les troupes de l'Alliance s'emparent de Bunia.
- Le général Mahele est nommé Chef d'Etat-major général des FAZ.
- Nouveau sommet des Chefs d'Etat à Nairobi sur la crise zaïroise. Le sommet recommande la négociation avec la rébellion.
- Le Président Mobutu rentre à Kinshasa.
- Crise gouvernementale à Kinshasa. L'opinion publique souhaite le limogeage du Premier Ministre, Kengo wa Dondo.
- Mobutu exige de l'opposition la formation d'un gouvernement dans les 48 heures. Echec.
- Kengo est reconduit à la Primature. Le général Likulia prend le portefeuille de la Défense.
- Les troupes de l'AFDL contrôle la ville de Bunia.
1997
- Pillages à Isiro, à 550 km de Kisangani dans le Haut-Zaïre.
- Le mercenaire belge Christian Tavernier débarque à Kisangani avec 280 mercenaires français, belges et serbes.
- Rencontre Mobutu - Arap Moi à Gbadolite pour discuter des conclusions du sommet de Nairobi. Mobutu refuse toute négociation avec la rébellion.
Le gouvernement français dément toute présence de mercenaires français aux côtés de l'armée gouvernementale.
- Le couvre-feu est décrèté à Kisangani.
- Réunion des experts sur le Zaïre à Washington.
- Le gouvernement Kengo "élargi" et le nouveau Chef d'Etat major de l'armée zaïroise, le général Mahele, promettent une "contre-offensive foudroyante", grâce à l'aide logistique française et aux mercenaires.
- Prise de l'aéroport de Kalemie (nord est du Shaba) par la rébellion.
- Devant le HCR-PT, le Premier ministre Kengo wa Dondo annonce le report des élections et du referendum constitutionnel.
-Chute de la localité de Bulimba (Shaba).
- Le Koweit dément tout financement de la guerre dans l'est du Zaïre ainsi que le paiement de mercenaires européens.
- L'Ouganda, quant à elle, dément toute participation de ses troupes aux côtés de l'AFDL.
- Le gouvernement de Kinshasa active sa plainte auprès des Natons Unies contre le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda, qu'il accuse de violation du territoire zaïrois. Le gouvernement rwandais dément.
- Watsa, centre minier d'extraction d'or, passe sous contrôle rebelle.
- La ville de Kalemie sur le lac Tanganyika est prise par les troupes de l'AFDL.
- Erik Derycke, ministre belge des Affaires étrangères, se rend à Washington pour s'entretenir avec les autorités américaines de la situation au Zaïre.
- Ultimatum de Kabila pour des négociations avant le 21 février.
- Démenti d'Israël sur la présence de mercenaires israéliens aux côtés des FAZ.
- Mobutu se rend chez Hassan II du Maroc. Echec de ses démarches pour une aide militaire. Mobutu rentre au Zaïre.
- Le Chef de l'Etat ougandais, Yoweri Museveni, est en "visite de travail" en France.
- Chute de la localité d'Isiro, défendue par des mercenaires. Le même jour, Amisi, camp de réfugiés rwandais, et la localité de Bafwasende tombent aux mains des forces rebelles.
- Les avions de l'armée zaïroise bombardent les villes de Bukavu (30 morts et plus de 30 blessés), Shabunda et Walikale.
- Le conseil de sécurité de l'ONU approuve le plan de paix en cinq points sur le Zaïre.
- Rencontre préliminaire en Afrique du Sud entre la délégation de l'AFDL et les autorités de Prétoria.
- Mobutu arrive à Nice.
- Mobutu Nzanda déclare à Paris que son père exclut toute possibilité de négociation avec les rebelles.
- Le Président Nelson Mandela annonce une rencontre entre les belligérants pour le 19 mars.
- La cité minière de Kalima tombe. Le général Mosala Makambo remplace le général Mulumba Ambote à l'Etat-major des forces terrestres.
- Kabila rencontre, en Afrique du Sud, le sous-secrétaire d'Etat américain George Moose ainsi que le délégué de l'ONU pour la région des Grands Lacs, Mohamed Shanoun.
- L'AFDL s'empare de Kindu, trois jours après la fuite à Kinshasa du gouverneur du Maniema, Omari Lea Sisi.
- Le HCR dément un éventuel génocide de 500.000 réfugiés rwandais, rejettant l'accusation de Réginald Moreels, secrétaire d'Etat belge à la Coopération au développement.
- Chute de Nyunzu et de Kabalo au Shaba. Prise du camp de réfugiés de Tingi-Tingi.
- Kabila lance un ultimatum aux officiers des FAZ pour déposer les armes et rallier l'AFDL.
- Le Pape Jean-Paul II lance un appel pour la paix dans la région des Grands Lacs.
- Chute de Manono, chef-lieu du Nord-Shaba.
- Le gouvernement zaïrois accepte le plan de paix de l'ONU. Le ministre français à l'Action humanitaire, Emmanueli, se rend à Kinshasa et à Kisangani.
- Kabila accepte le plan de paix de l'ONU, mais refuse l'arrêt des combats.
- Visite controversée du ministre belge, Réginald Moreels, à Kisangani.
- Le Premier ministre Kengo annonce que "Kisangani ne tombera pas".
- Les FAZ pillent le chef-lieu du Haut-Zaïre.
- Kisangani tombe.
- Le Département d'Etat américain se déclare troublé par les informations faisant état de l'aide et de l'assistance fournies aux rebelles par l'Ouganda, le Burundi, le Rwanda et l'Angola. Dénégation de ces pays.
- Le parlement zaïrois vote l'éviction de Kengo qui s'est rendu au sommet de Nairobi. Le Président Mobutu est à nouveau hospitalisé à l'hôpital Grâce de Monaco.
- Kabila annonce, depuis Goma, un cessez-le feu autour de Kisangani pour permettre le déploiement de l'aide humanitaire en faveur des réfugiés.
- Washington annonce le déploiement des soldats américains à Brazzaville et à Libreville.
- Kabila rejette le cessez-le feu proposé par l'envoyé de l'ONU, Mohamed Shanoun.
- Le vice-président sud-africain, Thabo Mbeki, rencontre le maréchal Mobutu à Kinshasa. Ce dernier annonce une déclaration dans les 48 heures.
- Sous la pression des Etats-Unis, de l'ONU et de l'OUA, Kabila renonce au projet de rencontre directe avec Mobutu, mais insiste pour que les négociations se tiennent hors du Zaïre.
- Kengo remet sa démission au Président Mobutu.
- Tenue à Lomé d'un sommet de l'OUA sur la crise zaïroise.
- Mobutu souhaite la formation d'un Conseil d'union nationale, tandis que Kabila appelle à la mise sur pied d'un gouvernement de transition composé de personnes non compromises dans l'exercice du pouvoir avec Mobutu.
- A Lomé, les Chefs d'Etat du Nigeria, du Togo et du Cameroun ainsi que le secrétaire général de l'ONU et les représentants des belligérants trouvent un accord de principe de concomittance négociations directes - cessez-le feu.
- La localité de Kasenga, au Shaba, est prise par les forces de l'Alliance.
- A Kinshasa, Nguz a Karl i Bond annonce la rupture de son parti UFERI aveci la mouvance présidentielle (FPC) et demande aux militants de son parti d'accueillir lesforces de l'Alliance.
- Kamina passe sous le contrôle de l'AFDL.
- Etienne Tshisekedi est désigné par l'USORAL au poste de Premier ministre.
- Un décret du Président Mobutu nomme Tshisekedi Premier ministre.
- Conférence de presse de Tshisekedi à Kinshasa : il annonce le rejet de l'Acte Constitutionnel de transition et le retour au shéma de la conférence nationale souveraine avec la suppression du HCR-PT, ainsi que la reconduction de son ancienne équipe gouvernementale, tout en offrant six postes ministériels à l'AFDL.
- La cité minière de Luena (extraction de charbon) est prise par l'Alliance. Celle-ci rejette l'offre de Tshisekedi.
- Prise de Mbuji-Mayi, centre diamantifère et chef-lieu du Kasaï oriental.
- Arrivée en Afrique du Sud des délégations de Kinshasa avec Ngbanda Honoré et de l'AFDL conduite par Bizima Karaha.
- Kipushi, cité d'extraction de cobalt, est prise par l'AFDL. Une partie des troupes de l'Alliance a transité par la Zambie.
- L'AFDL prend Tenke Fungurume, centre d'exploitation du cuivre et du cobalt. Elle encercle Lubumbashi où la 21ème brigade parachutiste annonce son ralliement à Laurent-Désiré Kabila.
- Sept jours après sa nomination, E. Tshisekedi est destitué et remplacé par le général Likulia Bolongo, vice-premier ministre et ministre de la défense dans le dernier cabinet Kengo. Proclamation de l'etat d'urgence et interdicton des réunions politiques.
- Prise de Lubumbashi par l'Alliance. Lubumbashi est le siège de la Gécamines, société minière (cuivre, zinc, cobalt...)
- Tension dans la région de Kisangani entre l'AFDL et le Haut commissariat aux réfugiés au sujet des réfugiés rwandais.
- Fin des pourparlers d'Afrique du Sud sur un constat d'échec.
- Ubundu et Likasi passent aux mains de l'Alliance. Ultimatum de trois jours de Kabila à Mobutu pour des négociations directes sur les conditions de passation du pouvoir.
- A Washington, le porte-parole du Département d'Etat, Mike Mc Curry, qualifie le mobutisme de "créature de l'histoire". La veille, Mobutu et son régime ont été déclarés "choses du passé".
- Paris déclare ne soutenir personne au Zaïre, si ce n'est le pays et ses habitants.
- Depuis Bruxelles, le ministre belge Derycke déclare que l'ère Mobutu est finie. pression sur Mobutu pour démissionner. Reprise, en Afrique du Sud, des pourparlers entre belligérants.
- Kananga, chef-lieu du Kasaï occidental, tombe sans combat.
- A Kinshasa, Mobutu rejette l'ultimatum de Kabila.
- En Suisse, le parti socialiste appelle au gel des avoirs de Mobutu.
- Un hebdomadaire zimbabwéen, East African, annonce que Harare soutient l'Alliance depuis plusieurs mois et en uniformes.
- Prise de Kolwezi et pillage à Tshikapa.
- L'UDPS appelle à une opération "Ville morte" afin de pousser Mobutu à la démission.
- Entrée triomphale de Kabila à Lubumbashi.
- Kengo wa Dondo, en séjour médical en Suisse, est accusé d'avoir emporté plusieurs millions de dollars.
-A Lubumbashi, manifestation de soutien à l'ancien gouverneur Kyungu, mis aux arrêts et remplacé par Gaétan Kakudji, neveu de Kabila.
- L'AFDL signe un accord de coopération d'un milliard de dollars avec American Mineral Fields (AMF) pour relancer la production de cuivre et de cobalt, et pour construire une usine de raffinage du zinc.
- Arrivée de Kabila en Afrique du Sud, accueilli comme un Chef d'Etat. But : solution négociée de la crise par une rencontre avec Mobutu.
- Démenti de la Chine sur la présence de mercenaires chinois au Zaïre.
- Bataille entre les militaires des FAZ et les civils du Comité de défense de la ville de Kikwit pour empêcher les pillages.
- Revenu à Lubumbashi, Kabila annonce que l'initiative sud-africaine est d'organiser un transfert pacifique du pouvoir entre Mobutu et lui-même. A défaut d'accord, les forces de l'AFDL marcheront sur Kinshasa.
- Prise de Mweka au Kasaï occidental.
- Mobutu Nzanga, fils du Président, annonce que le Maréchal ne pourra pas se rendre en Afrique du Sud pour raisons de santé.
- Luebo, Ilebo et Tshikapa (Kasaï occidental) ainsi que Boende (Equateur) tombent.
- Libération de 46 libanais détenus par l'Alliance à Mbuji Mayi.
- Bill Richardson, ambassadeur des USA à l'ONU et envoyé personnel de Bill Clinton, arrive à Kinshasa porteur d'un message à Mobutu et chargé de négocier une rencontre avec Kabila.
- Prise de Kikwit. Mobutu rencontre l'émissaire américain qui annonce que le Président est prêt à rencontrer Kabila sur un navire de guerre sud-africain au large du Zaïre.
- Le porte-parole du Département d'Etat déclare que Mobutu a fait son temps et qu'il doit regarder la réalité en face. L'Afrique du Sud confirme l'accord des belligérants pour une rencontre sur le navire Utenica.
- L'AFDL avance sur Kinshasa. Les diplomates cherchent à organiser la rencontre Mobutu-Kabila, alors que Nzanga annonce que son père a récusé l'entrevue.
- Bill Richardson qui a rencontré Kabila la veille à Lubumbashi revient à Kinshasa pour des pourparlers complémentaires avec Mobutu.
- Les pourparlers Mobutu-Kabila sont fixés au 3 mai. Le rapatriement des réfugiés rwandais se poursuit. Londres conseille à ses ressortissants de quitter le Zaïre.
- Mobutu arrive à Pointe-Noire. Kabila quitte Lubumbashi pour Luanda. Lisala, ville natale de Mobutu (Equateur) est prise par l'AFDL dont les troupes avancent vers Kenge (Bandundu).
- Rencontre Mobutu-Kabila sur le navire sud-africain, Utenica.
- Violents combats à Kenge. Plusieurs centaines de morts notamment des civils.
- On annonce une nouvelle rencontre Mobutu-Kabila pour le 19 mai.
- Mobutu quitte Kinshasa pour Gbadolite.
- Les troupes de l'AFDL entrent à Kinshasa.
- Assassinat du général Mahele au camp Tshatshi, par des membres de la DSP, Division Spéciale Présidentielle.
- Mobutu quitte précipitamment Gbado-Lite pour Lomé avec toute sa famille.
- Kabila, autoproclamé Chef de l'Etat, prête serment à la Nation dans le stade des Martyrs à Kinshasa.
Les mérites oubliés de l’AFDL
17 mai 1997 : l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) faisait son entrée triomphale à Kinshasa, accueillie dans l’allégresse populaire par des Kinois contents de vivre désormais dans un Congo débarrassé de Mobutu, et de toutes ses ouailles et autres barons du régime.
L’avènement de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) au pouvoir, le 17 mai 1997, a mis un terme à l’aventure du régime Mobutu qui n’aura que trop duré (depuis 24 novembre 1965). Ce mouvement politico-militaire a eu le mérite de chasser du pouvoir celui que de nombreux Congolais croyaient mourir au pouvoir. Convaincus que, de son vivant, le président Mobutu Sese Seko ne pouvait être déboulonné, comme il se plaisait à le dire à qui voulait l’entendre.
Pour le peuple congolais longtemps meurtri, la fin de la dictature mobutienne et l’instauration d’un nouvel ordre ont fait naître de l’espoir. L’homme fort du nouveau régime, Laurent-Désiré Kabila, interdit le fonctionnement des formations politiques et instaure son mouvement, l’AFDL. Des barons du régime sont arrêtés et emprisonnés à la prison centrale de Makala, débaptisée par le nouveau pouvoir : Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK). Pour le nouveau régime, ils devaient d’abord restituer au peuple congolais l’argent qu’il lui a volé.
La grande surprise a été la révolution-pardon. Le président Laurent-Désiré Kabila a montré à la face du monde sa grandeur d’âme, son sens élevé du pardon. Il n’était donc pas rancunier. Il n’a pas tenu compte de tout ce qu’il a dû endurer pendant la lutte qu’il a menée depuis la chute du gouvernement Lumumba, suivi de l’assassinat de ce dernier intervenu en janvier 1961.
Autre mérite à son actif : la guerre contre l’impunité. La «Tolérance zéro» à la Kabila père était d’application. Du moins une année après sa prise de pouvoir. Il n’a pas hésité d’envoyer en prison ses compagnons de la révolution trempés dans les malversations financières ou autres méfaits.
A relever le fait que l’arrivée de l’AFDL à Kinshasa a également mis fin aux tracasseries policières dont était victime la population. Les pickpockets ont disparu de la circulation. La Police nationale, qui a remplacé la gendarmerie de Mobutu, ne rançonne pas la population. La solde payée en franc congolais à chaque agent de l’ordre équivaut à 100 dollars américains. Cela ne l’incite pas à tracasser la population. Ainsi, on pouvait se promener avec un paquet d’argent ou un colis, le jour comme la nuit, sans que l’on ne soit inquiété le moins du monde. Fait rare pendant les trente-deux ans du pouvoir mobutiste.
A tout prendre, comme l’a dit Laurent-Désiré Kabila lors d’une conférence de presse, l’AFDL n’a été qu’un conglomérat d’aventuriers. Qui ont mal vu le nationalisme dont a fait preuve le leader de l’AFDL qui ont fini par l’assassiné le 16 janvier 2001. |