Goma,
le 14-12-2008
Trafic des
minerais de guerre : Coltan
: les sociétés
prédatrices mises à nu
Les masques tombent. Ainsi, les multinationales
qui ont prospéré dans le commerce du
coltan et attisé les appétits des groupes
armés au Kivu et en Ituri ont, enfin, un visage.
Américaines, allemandes, belges, britanniques,
chinoises, helvétiques, juives, kazakhstanes,
rwandaises, … ; les sociétés prédatrices
des ressources naturelles de la RDC sont de diverses
nationalités. Restitution, dans cette édition,
du rapport du Southern Africa Resource Watch (SARW).
Plus de doute désormais. Les rebelles et autres
groupes armés des Kivu sont soutenus par le
commerce illégal du coltan, un mélange
de deux métaux - le tantale et le columbium
- appelé aussi colombo-tantalite. Cette activité
lucrative et en marge de la loi explique la course
au coltan à laquelle se livrent, des décennies
durant, les multinationales et les pays voisins, allant
jusqu’à déstabiliser durablement
la RDC dans sa partie orientale. Un rapport du Southern
Africa Resource Watch (SARW), daté novembre
2008, le démontre, cartes et statistiques à
l’appui.
Alors que les affrontements meurtriers opposant l’armée
nationale congolaise aux rebelles de Nkunda ont contraint
des centaines de milliers de villageois, depuis août
dernier, de fuir leurs villages ou de s’exiler
dans les pays limitrophes, le trafic du coltan se
portait à merveille. Alors que plusieurs dizaines
de milliers d’autres Congolais mourraient par
balles, tués de sang froid par les belligérants,
y compris les groupes armés Maï-Maï,
les charognards du commerce des minerais congolais,
nationaux et étrangers, civils et militaires,
se frottaient les mains au vu de l’accroissement
de leur compte en banque.
Malediction
Neuf personnes sur dix en RDC étaient loin
de s’imaginer que l’origine des malheurs
du pays en général, et du Kivu en particulier,
était justement la présence sous son
sol des minerais qui font la fortune des pays industrialisés.
A défaut de créer le bonheur, les diverses
et nombreuses ressources naturelles dont regorge le
pays ne lui apportent que malédiction.
Des témoignages probants sont fournis à
ce sujet par des institutions et ONG internationaux.
Les rapports de Global Witness (GW), de Human Rights
Watch (HRW), de Rights and Accountability in Development
(RAID) sont éloquents. Ajoutons à cette
liste non exhaustive le Rapport du panel des experts
de l’ONU qui avait, en son temps, fait grand
bruit sous le règne de M’zee Laurent
D. Kabila. La nouveauté qu’apporte le
Southern Africa Resource Watch (SARW) est que, au
lieu de mentionner, sans les citer, les multinationales
et d’autres entreprises prédatrices ayant
bâti leur fortune sur les ressources de la RDC,
tous les criminels bien identifiés sont livrés
à la clameur publique.
Cela fait un temps que des compagnies minières
se manifestent dans les Kivu. D’autres y font
des incursions pour ramasser la «manne»
sans le moins du monde investir. Certains pays limitrophes,
notamment le Rwanda au Kivu et l’Ouganda en
province Orientale, n’ont pas hésité
à s’approvisionner directement ou indirectement,
comme dans un supermarket. Des acteurs locaux, civils
et militaires, ont découvert leur Eldorado.
Conséquence : la persistance de l’atmosphère
de tension et la manipulation des groupes ethniques
les uns contre les autres.
Question fondamentale
C’est donc sur une région à fort
potentiel minier, caractérisée malheureusement
par l’absence de l’autorité de
l’Etat, que vient se greffer le trafic mafieux
des minerais. Le SARW, pour dénoncer la pieuvre,
ne fait pas dans la dentelle. Il est vrai que les
maffieux, pour brouiller la traçabilité
de leur «pêche», transitent, pour
certains, par des sociétés écran.
C’est un modus operandi très courant,
mais qui n’échappe pas au scanner des
enquêteurs têtus. Dans son souci d’informer
largement le public, le Southern Africa Resource Watch
(SARW) publie une liste de sociétés
impliquées dans le commerce illicite du coltan
au Kivu. Elles sont de diverses nationalités
: américaine, allemande, belge, britannique,
chinoise, helvétique, juive, kazakhstane, malaisienne,
rwandaise. Au lendemain de la diffusion du rapport
du SARW, les Congolais s’interrogent. Ils veulent
savoir ce qui a changé après la publication
du rapport de l’ONU daté 24 octobre 2002
et transmis au Conseil de sécurité.
Question fondamentale : New York a-t-il observé
la conversion des 54 personnalités, dont plus
de vingt responsables politiques et militaires du
Rwanda, de l’Ouganda, du Zimbabwe et de la RDC,
citées alors comme les dirigeants des réseaux
exploitant les richesses de la RDC ?
(SL/TH/RW/PKF)
Le Potentiel
Last edited: 13/12/2008 15:35:27
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