Goma,
le 17-12-2008
Suite au rapport
de l’Onu, la Hollande suspend son
aide financière
au Rwanda

Le ministre néerlandais du
Développement, Bert Koenders, a pris sur lui
la responsabilité d’informer les autorités
rwandaises cette décision de son gouvernement.
Pour les Pays-Bas, a signalé le ministre le
jeudi dernier, « le Rwanda ne mérite
pas l’appui budgétaire parce que maintenant
il y a des preuves que ses soldats soutiennent les
rebelles du Cndp en République démocratique
du Congo.
L’Onu a dernièrement
rendu public son rapport sur la Rdc. Pour la première
fois et de façon très claire, l’Onu
établit le soutien que le Rwanda accorde en
armes et en hommes au mouvement rebelle de Laurent
Nkundabatware. On s’attendait à ce que
tous les pays qui déplorent le drame humanitaire
causé par cette guerre inutile, condamnent
le régime de Kigali et à la rigueur
prenne des sanctions.
Les retombées de cette situation
sont là. Le ton est donné par les Pays-Bas
qui viennent de suspendre une aide financière
destinée au gouvernement rwandais. Les Pays-Bas
évoquent le soutien que Kigali accorde au mouvement
rebelle du Cndp pour justifier cette décision.
La nouvelle a été annoncée le
vendredi dernier par De Volkskrant. Le ministre néerlandais
du Développement, Bert Koenders, a pris sur
lui la responsabilité d’informer les
autorités rwandaises cette décision
de son gouvernement. Pour les Pays Bas, a signalé
le ministre le jeudi dernier, « le Rwanda ne
mérite pas l’appui budgétaire
parce que maintenant il y a des preuves que ses soldats
soutiennent les rebelles du Cndp en République
démocratique du Congo.
L’aide humanitaire
exemptée
Toutefois, a précisé
le ministre néerlandais, la décision
de son gouvernement ne concerne pas l’aide humanitaire
à la population rwandaise, a déclaré
De Volkskrant. Il était prévu cette
année que le Pays-Bas prévoyait en faveur
du gouvernement de Kigali, une aide de 3 millions
d’euros (3,99 millions de dollars américains)
pour cette année et une autre aide de 4 millions
d’euros (5,32 millions de dollars) l’année
prochaine. Soit plus de sept millions d’euros
pour les deux exercices. A la suite du rapport de
l’Onu qui accuse le Rwanda à fournir
du matériel militaire et en hommes au mouvement
rebelle congolais – le Congrès national
pour la défense du peuple (CNDP) – et
surtout à recruter les enfants soldats au profit
de cette rébellion congolaise, les Pays-Bas
suspendent cette aide. La décision du gouvernement
néerlandais est une preuve que Amsterdam ne
croit pas au démenti opposé par le régime
rwandais.
Le Sénégal,
une honte
C’est donc pour rien que le
Cndp a entrepris la campagne d’explication auprès
de certaines capitales africaines qui ne se sont même
pas empêchées d’accueillir une
délégation rebelle comme on le ferait
pour un gouvernement légitime. Au regard de
ce comportement, on se demande où va l’Afrique.
Le Sénégal qui a expérimenté
les méfaits d’une rébellion à
travers le mouvement de Casamance, devrait être
le premier à ne pas dérouler le tapis
rouge pour l’émissaire du Cndp. C’est
donc une honte pour le Sénégal. Si toutes
les capitales africaines se mettent à croire
que les rébellions qui ravagent les pays voisins
sont de simples malentendus et que par conséquent,
eux ils peuvent flirter avec les seigneurs de guerre
sans se faire blâmer, c’est qu’il
n’y aura plus de paix sur ce continent. Le Sénégal
de Wade a-t-il perdu les repères ?
En tout cas, on ne reconnaît
plus le pays de Léopold Sédar Senghor,
de Abdou Diouf. Que le Sénégal ait déroulé
son tapis rouge au Cndp au moment où la communauté
internationale a pris conscience des affres de cette
guerre sans motivation plausible, l’attitude
des dirigeants sénégalais est tout simplement
irresponsable. Voilà où nous a conduit
le « sopi ».
La Belgique demande des sanctions,
mais...
Le Ministre des affaires étrangères
Karel De Gucht a dit avoir pris connaissance du rapport
de l’Onu. En tant que membre du Conseil de Sécurité
des Nations Unies, a dit Karel De Gucth, « notre
pays a déjà exprimé sa grande
appréciation pour la qualité du travail
fourni. Le rapport est très bien étayé
et la Belgique souhaite que ce rapport et ses recommandations
fassent l’objet d’un suivi opérationnel
».
Pour le chef de la diplomatie belge,
le rapport établit clairement que « les
violations du régime de sanctions continuent
à nourrir le conflit à l’Est du
Congo. Aussi longtemps qu’il n’est pas
mis fin à l’appui aux groupes armés,
ceux -ci continueront leurs actions et leurs épouvantables
violations des Droits de l’Homme ». Mais
l’œil de Karel De Gucht ne pouvait pas
passer au dessus l’incise du rapport sur la
Rdc. « La Belgique est très inquiète
des informations figurant dans le rapport et qui font
état d’un côté de collusions
entre les forces armées congolaises et le FDLR
et d’un autre côté de l’appui
fourni par le Rwanda au CNDP ». Il souligne
à ce propos « l’importance de réactiver
les mécanismes de vérification convenus
entre les deux pays » qui, selon le Ministre,
« peuvent déjà jouer un rôle
dissuasif ». Il salue également le récent
dialogue bilatéral noué entre le Rwanda
et la RDC dont les objectifs sont la recherche de
la paix et de la stabilité dans la région
et la reprise des relations diplomatiques et il les
encourage à évoquer également
ces questions dans ce cadre.
Les personnalités
citées
Ce rapport confirme une fois encore
l’importance de la lutte contre l’exploitation
illégale des ressources naturelles. Le Ministre
De Gucht souligne que le rapport du groupe d’expert
des NU montre au moyen de données factuelles
que « cette problématique est un facteur
important de la poursuite de l’instabilité
à l’Est du Congo ». C’est
pour cette raison que la Belgique continuera à
plaider pour une action plus vigoureuse de la MONUC
dans ce domaine. Un certain nombre d’individus
et d’entreprises belges sont également
cités dans le rapport. La Belgique travaille
déjà depuis longtemps sans réserve
avec le groupe d’experts des NU pour dresser
un tableau du rôle joué par des résidents
belges ou des personnes juridiques belges dans les
violations du régime de sanctions. Le gouvernement
belge prendra les mesures appropriées - soit
en application de possibles décisions du Conseil
de Sécurité soit de manière proactive
- pour que nos entreprises respectent les codes de
conduite internationaux en vigueur.
La paix aux Grands Lacs
Les coordonnateurs nationaux des
pays membres de la Conférence internationale
sur la région des Grands Lacs sont réunis
depuis dimanche à Kinshasa, en RDC, pour examiner
la situation sécuritaire au sein de cette région,
en général, et de l’Est de la
République Démocratique du Congo, en
particulier.
Cette rencontre prépare la
prochaine réunion du Comité interministériel
de la Conférence prévue le 20 décembre
2008 à Nairobi, capitale du Kenya. Le coordonnateur
national adjoint de la Rdc, Eugène Banyaku,
pense que les assises en cours à Kinshasa ont
pour particularité de se rapprocher du protocole
de non agression signé entre tous les Etats
membres. Au cours de ces travaux, il sera abordé
des questions techniques, des questions de sécurité…
Cette rencontre de Kinshasa doit
tenir compte de la donne actuelle de financement.
Il ne faut pas oublier la part des privés dans
l’agression des Etats. Tout concentrer sur les
Etats, c’est oublier que la guerre est devenue
une affaire qui mobilise les capitaux. On ne cessera
jamais d’évoquer la part des multinationales
dans la guerre à l’Est de la Rdc. Nous
prenons pour exemple, le rapport de l’Onu qui
met en cause le Rwanda. Mais, en plus de cela, ce
rapport épingle l’apport de certaines
personnalités en qualité de financiers
de cette guerre.
Le rapport cite aussi l’homme
d’affaires katangais Raphaël Katebe Katoto
qui apporterait, selon le rapport, un soutien financier
au Cndp. Le milliardaire katangais a démenti,
mais l’Onu dit avoir réuni des preuves
dont les transferts d’argent par Katebe vers
le Cndp. Selon Katebe Katoto, « On ne m’a
jamais contacté, on ne m’a jamais posé
la question. On s’est basé sur les bruits
qu’on a appris quelque part, mais je dois vous
dire que je rejette en bloc tout ce que l’Onu
a marqué dans son rapport me concernant ».
L’homme d’affaires de
poursuivre dans okapinet : « Depuis que j’ai
quitté Goma, dans le cadre du RCD, parti politique,
je n’ai plus de contacts, ni avec Goma ni avec
qui que ce soit, que ce soit Nkunda Laurent ou que
ce soit le Rwanda. Je connais Nkunda Laurent quand
j’étais à Goma comme 1er vice-président
du RCD. Nkunda faisait partie des officiers de l’armée
du RCD. Mais dans le cadre du CNDP, pas de contacts
ni avec le CNDP ni avec Laurent Nkunda. On parle du
transfert de 25 000 USD. Est-ce que c’est avec
25 000 USD qu’on peut entretenir une rébellion
? », se défend l’homme d’affaires
qui n’est pas à la première accusation.
Chaque fois, c’est la rue ou
la presse qui l’accuse. Cette fois, l’accusation
vient de l’Onu. Elle mérite d’être
prise très au sérieux surtout lorsqu’il
sera question de partager les responsabilités
notamment dans le recrutement des enfants soldats.
(SL/Yes)
JDG/L’Avenir
Last edited: 16/12/2008 11:12:47
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