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NOUVELLES DE LA PROVINCE DU NORD-KIVU

Goma, le 28-04-2009

RDC – FMI : discussions serrées à Washington

Par Faustin Kuediasala

Alors que se sont clôturées le week-end les assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale, la forte délégation congolaise déployée à Washington a jusque demain mardi pour convaincre les experts du FMI. C'est sur la révision du cadrage macro-économique et le plan de trésorerie 2009 que se joue désormais l'avenir des rapports FMI-RDC.

Le ministre des Finances et chef de la délégation congolaise aux assemblées de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, Athanase Matenda Kyelu, doit se faire avec une forte délégation congolaise – une cinquantaine, la plus importante à Washington – pour parvenir à la conclusion d'un nouvel accord entre les deux parties. Il s'est fixé un pari : « Nous ne quitterons pas Washington tant que nous n'aurons pas quelque chose de concret », a-t-il promis lors d'une concertation avec le groupe d'experts congolais.

Sur place à Washington, des négociations préliminaires ont débuté entre l'équipe de Kinshasa et les services du FMI, représentés par Brian Ames, chef de mission du FMI en RDC. Les journées de lundi et mardi promettent d'être déterminantes pour la délégation congolaise – éléphantesque - dépêchée à Washington. Personne n'a voulu rater l'événement. De la présidence à la primature, en passant par la troïka politique du gouvernement (Finances, Budget et Banque centrale du Congo), le nombre d'experts impressionne. Et, le FMI ne s'en est pas caché face à cette « forte » délégation. L'on craint donc une dispersion d'énergies et d'orientations pour un pays à court de ressources financières, et qui sollicite l'aide du FMI par la conclusion d'un nouveau programme pour se relancer. Toutes les personnes amenées ici à Washington ont-elles effectivement un rôle à jouer ? Là n'est pas encore le problème. C'est la signature d'un nouvel accord avec le FMI qui nous intéresse en ces moments.

Le FMI réclame sincérité

Le vrai problème, dirions-nous, réside dans les différents points de discussions soulevés par le FMI. Il s'agit de la révision du cadrage macro-économique et du plan de trésorerie pour l'année 2009. Sur ce point, le FMI est formel. « Il faut nous proposer quelque chose de réaliste et réalisable », a prévenu Brian Ames, vendredi dernier lors d'une séance de prise de contact avec la partie congolaise.

Au terme d'un aparté entre la troïka politique de la RDC, élargie au directeur de cabinet adjoint du Premier ministre en charge des questions économiques et financières ainsi que au conseiller principal du chef de l'Etat pour les mêmes questions, avec l'équipe du FMI, le ministre des Finances a fixé les balises, invitant les experts congolais – d'autres n'ont atteint Washington que le samedi 25 avril – de se concentrer sur le sujet. Tout devait être mis en œuvre pour se munir, aux grandes discussions de lundi et mardi, des éléments de réponses aux nombreuses questions soulevées par le FMI.

Décidément, le FMI attend de la RDC une certaine « sincérité » dans ses propositions. Brian Ames a été explicite sur le sujet. Une façon pour lui, sans doute, d'appeler la partie congolaise à la prudence, en n'intégrant dans ses prévisions pour le reste de l'année que ce qui est réalisable. En sera-t-il le cas ? Tout se dénue demain mardi soir.

Un cadrage incertain

Toujours est-il que concernant le cadrage macro-économique, les points ci-après ont fait l'objet de discussions. En premier lieu, il s'est agi du taux d'inflation. De l'avis des experts congolais, au 15 avril 2009, le taux d'inflation cumulé depuis le début de l'année est de 27% contre un objectif annuel arrêté à 25%. Quant au taux de change, le franc congolais s'est déprécié au cours de la même période de 24% par rapport au dollar américain, s'établissant à 840 Fc/Usd à l'indicatif au 15 avril contre 639 au 30 décembre 2008.

Ces évolutions, indique-t-on dans la synthèse des consultations préliminaires avec le département Afrique du FMI, ont nécessité une révision de principaux paramètres du cadre macro-économique. Ainsi, le taux d'inflation cible de l'année est fixé à 31%, ce qui implique un ajustement reflété par la réalisation d'un taux d'inflation de 3,1 pour les huit derniers mois de l'année, soit une moyenne mensuelle de 0,4%.

Tenant compte de toutes ces évolutions, le taux de change fin période a été arrêté à 850 Fc/Usd pour une moyenne de 825 Fc/Usd. Cette prévision induit une stabilité du taux de change pour les huit derniers mois de l'année dans la fourchette de 840 à 850 Fc/Usd.

Le taux de croissance économique a été maintenu à 2,7% en dépit du fait que les conclusions sur la révisitation des contrats miniers ne sont pas encore disponibles. En effet, les majors du secteur minier : Tenke Fungurume Mining, First Quantum Minerals et Ashanti Gold ont déjà lancé leurs investissements nonobstant l'incertitude liée à l'aboutissement du rapport sur la révisitation des contrats miniers. Par ailleurs, rappelle la note de synthèse, une certaine reprise timide de la demande internationale est observée à travers le comportement des cours de principales matières premières d'exportation.

L'impératif de s'ajuster

Mais, plus que ce cadrage macro-économique, c'est sur les politiques conjoncturelles le sous-tendant que la partie congolaise devra convaincre. Dans la hiérarchisation des causes de la dépréciation monétaire et de l'inflation actuelle, l'on épingle, en premier lieu, de nettes distorsions au niveau de la politique macro-économique, notamment dans ses volets de politiques budgétaire et monétaire.

Sur ce point, les effets décalés de l'important déficit public de novembre et décembre 2008, soit environ 60 milliards de Francs congolais, ont continué à affecter le cadre macro-économique au premier trimestre 2009, en raison de la faiblesse de l'excédent budgétaire cumulé de la période (0,8 milliards de Francs congolais). Autant de dysfonctionnements aussi sur la politique monétaire, au regard de la faible ponction des liquidités opérées à travers les deux instruments, soit le coefficient des réserves obligatoires et la vente des billets de trésorerie).

Ainsi, au-delà des chocs sur les disponibilités en monnaies étrangères, conséquence directe du tarissement des recettes d'exportation, et des anticipations, aux effets perturbateurs, des agents économiques, la délégation congolaise doit bien manœuvrer entre lundi et mardi pour avoir l'adhésion des services du FMI à sa cause.

L'autre clé de l'énigme est le plan de trésorerie pour le reste de l'année 2009. En effet, le réajustement du cadre macro-économique a comme conséquence directe de remodeler le rythme des opérations financières de l'Etat en termes des dépenses et des recettes. D'où, la nécessité de trouver des moyens substantiels pour y faire face. Donc, l'élaboration d'un nouveau plan de trésorerie. Mais comment y arriver lorsque la conjoncture nationale s'assombrit ? Sur un gap de 156 milliards de Francs congolais, le plan de trésorerie à soumettre au FMI contient encore un gap de 39 milliards de Francs congolais.

Pour le FMI, rien de concret ne peut se décider tant que ce besoin de financement n'est pas bouclé. Il est donc question que le gouvernement accorde une subvention d'équilibre à la Banque centrale. Or, depuis Kinshasa, le Gouvernement et la Banque centrale n'avaient pas trouvé un compromis sur ce plan. Selon certains experts congolais, interrogés dans les couloirs, c'est une bonne brèche pour juger de la volonté du FMI à aider la RDC. « Il y a 39 milliards de Fc à couvrir, si réellement le FMI veut nous aider, il peut bien nous faciliter à mobiliser ce gap sous forme de prêt pour ordre », a dit sous le sceau de l'anonymat un expert congolais, participant aux discussions de Washington.

Tout doit être fait pour que le dossier RDC soit présenté au prochain Conseil d'administration du FMI, annoncé le 6 juin. Cependant, pour y arriver, Brian Ames, qui pilote le dossier, a besoin des éléments de réponses bien ficelés et non aléatoires pour amener sa hiérarchie à consentir enfin – depuis la fin tragique du premier PEG en mars 2006 – un nouvel accord formel avec la RDC au titre de « Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC) ».

Faustin Kuediasala, Envoyé spécial à Washington

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