Goma,
le 03-11-2008
Plan de sortie
de crise à l’Est suivant les propositions
de l’Assemblée
nationale telles qu’adoptées à
sa
plénière
de mercredi 29 octobre 2008
Introduction
Au regard des événements
que vivent nos populations de l’Est du pays
présentement, on peut dire, d’une part
que l’histoire se répète, et d’autre
part, qu’il s’agit là du dernier
obstacle d’un long processus qui est parti;
de Victoria Falls en date du 08 août 1998, en
passant par les accords de Lusaka, de Pretoria, de
Luanda et de Sun City jusqu’à la tenue
des élections.
Dans un cas comme dans l’autre,
il y n’a pas lieu d’être pessimiste
ou défaitiste. Les problèmes du Nord-Kivu
ne sont guère plus compliqués que ceux
connus en son temps à Boende, Lisala, Kabinda
et Kabato; lorsqu’il s’est agit d’appliquer
le Plan de désengagement de Kampala et les
sous-plans de Harare. Comme par le passé, ce
problème pourra également se dénouer
par la voie du dialogue politique et diplomatique.
C’est ainsi qu’à l’issue
de sa séance plénière de ce mercredi
29 octobre 2008 consacrée exclusivement à
la crise à l’Est, l’Assemblée
Nationale vient d’adopter le présent
plan de la sortie de crise.
a. Le plan proprement dit
1. Plan humanitaire d’urgence
La situation sur le terrain s’est
beaucoup dégradée ces derniers jours
conduisant à une véritable catastrophe
humanitaire. Celle-ci nécessite une mobilisation
générale tant au niveau national qu’international.
Les statistiques disponibles indiquent qu’au
moins 50 enfants meurent chaque jour qui passe dans
les camps des déplacés, sans compter
les personnes adultes notamment les vieillards et
les femmes enceintes, qui succombent parce que n’ayant
pas reçu les premiers soins médicaux
élémentaires. D’autres personnes
surtout des enfants meurent par manque de nourriture
d’eau potable.
Ce tableau devient davantage apocalyptique,
quand nous recevons des informations faisant état
de l’attaque des camps où étaient
regroupés les déplacés de guerre,
donc des personnes civiles sans défense, qui
sont actuellement dis¬persées dans la brousse
et la forêt, à la merci de toutes sortes
des maladies, des bêtes sauvages, des intempéries
et donc exposés à des violences et souffrances
inimaginables. C’est un génocide qui
ne dit pas son nom.
Nous ne le dirons jamais assez dans
le Nord-Kivu, il y a près de 2.000.000 de déplacés
de guerre qui sont sans assistance en ce moment. C’est
5 fois la situation au Darfour! Dans ce contexte,
nous nous posons la question de savoir combien faudrait-il
de déplacés, de morts, bref combien
de sinistrés faudrait-il pour attirer l’attention
de la Communauté Internationale sur le drame
qui se vit aujourd’hui dans le Nord-Kivu, dans
l’Ituri, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé?
L’urgence d’un plan humanitaire de grande
envergure s’impose maintenant plus que jamais.
2. Le plan proprement dit
de sortie de crise
III. Rappel des positions
du Gouvernement et du CNDP
1. Position du CNDP
• négociations directes
avec le Gouvernement en dehors du programme AMANI
et en dehors du pays.
2. Position du Gouvernement
de la RDC
• le CNDP doit sans condition
appliquer les résolutions de la Conférence
de Goma assorties d’un acte d’engagement
auquel il a librement souscrit;
• le programme AMANI reste le seul cadre de
discussion et de résolution de conflit dans
le Nord-Kivu;
• pas de négociations politiques directes
entre le Gouvernement et le CNDP
• le CNDP doit adopter le plan de désengagement
et s’y conformer scrupuleusement.
3. Positions des compromis
Ici l’objectif est d’amener
les deux camps vers une position médiane pour
qu’il n’y ait ni vainqueur ni vaincu.
Cette position exige donc, de part et d’autre,
des concessions.
a. Concessions des parties
Concession du CNDP
• Revenir dans le programme
AMANI; Adopter le plan de désengagement
Concession du Gouvernement
• D’une part, accepter le dialogue militaire
et politique avec le CNDP et d’autre part, accepter
le dialogue diplomatique avec le Rwanda.
III. Dialogue militaire
Discussion entre les commandants
des opérations FARDC et CNDP en présence
de la MONUC en vue:
• d’obtenir le cessez-le-feu;
• d’étudier toutes les modalités
pour rendre le désengagement effectif;
• de mettre en place des mécanismes conjoints
de vérification.
N.B. : En s’inspirant de l’expérience
du plan de désengagement de Kampala il faudrait
maintenir le dialogue militaire permanent en vue d’éviter
tout malentendu. Pour ce faire, il sera mise en place
une Commission Militaire Mixte (CMM) qui sera dirigée
par la MONUC et deux Commandants des Opérations
des FARDC et du CNDP.
Cette formule a l’avantage
d’être à la fois efficace et pragmatique
et de ramener le problème dans un cadre strictement
militaire et sortir ainsi du programme AMANI, qui
est devenu trop bureaucratique. Elle offre aussi plus
de garanties aux parties en conflit. En clair, cette
commission militaire mixte qui sera issue de ce dialogue
militaire, va élaborer un calendrier réaliste
et auquel toutes les parties vont s’engager
de se soumettre.
IV. Dialogue politique
• Examen du cahier des charges
du CNDP;
• Le lieu sera déterminé en fonction
des contraintes du moment et à, défaut
de se tenir en RDC, ce dialogue peut se tenir à
Addis-Abeba, siège de l’Union Africaine
ou à Dar-Es-Salaam, capitale du pays qui a
la présidence de l’Union Africaine pour
l’exercice en cours;
• Outre le Gouvernement et le CNDP, ces pourparlers
connaîtront la participation des délégués
des groupes armés de différents axes
ainsi que les représentants des communautés
de base et de la société civile;
• Un compromis politique sera adopté
et signé par les participants sous l’égide
du Président de la République Démocratique
du Congo, du Président en exercice de l’Union
Africaine, du Président de la Commission de
l’Union Africaine et des représentants
des Nations Unies et de l’Union Européenne;
• Un Comité préparatoire mixte
sera mis sur pied pour préparer et élaborer
les termes de référence de ce dialogue.
V. Dialogue diplomatique
• Evaluation du processus
de Nairobi;
• Lancement de la CEPGL avec la désignation
de trois représentants de la RDC conformément
à la résolution de la Conférence
de Goma;
• Déclencher le processus de normalisation
des relations diplomatiques avec le Rwanda suivant
les étapes ci-après :
- Restitution symbolique de l’immeuble
de l’Amba¬sade du Rwanda situé
sur l’avenue de la Justice actuellement
squatté;
- Rencontre de deux Ministres des Affaires Etrangères
qui devra se solder par une simple déclaration
d’intention de normalisation des relations
diplomatiques;
- Rencontre quadripartite en présence
des délégués des Etats-Unis
et de l’Union Européenne entre la
RDC-Rwanda-Nations Unies Union Africaine pour
étudier les mécanismes de renforcement
du Plan de Nairobi concrétisé par
l’opération Kimia
- Rencontre préparatoire du mini-Sommet
des chefs d’Etat de la RDC et du Rwanda
par les Ministres des Affaires Etrangères
- Mini-Sommet sous l’égide de l’Union
Africaine ou du Secrétaire Général
des Nations Unies des Présidents de la
RDC et du Rwanda;
- À l’issue de ce Sommet, dans une
déclaration solennelle un programme de
reprise des relations diplomatiques devra être
rendu public.
VI. Déploiement d’une force d’intervention
de type Artémis
Pour garantir la réussite
au dialogue militaire, politique et diplomatique.
A ce sujet, il faudra une forte implication de la
Communauté Internationale avec les Nations-Unies
en tête, l’Union Européenne, l’Union
Africaine, la SADC et les Etats-Unis.
Nous pensons que l’adoption
d’une résolution du Conseil de Sécurité
instituant une force spéciale de type Artémis
à l’Est pourra constituer une dissuasion
aux troupes réfractaires dans les Provinces
du Nord-Kivu et du Sud Kivu en particulier, et dans
la Région des Grands Lacs en général.
VII. Du développement
et de l’économie
Pour maximiser les chances d’aboutissement
de ce plan, il convient de s’attaquer directement
à la pauvreté qui est aussi à
la base de la violence dans la Sous Région.
C’est ainsi que, concomitamment aux volets militaire,
politique et diplomatique, il convient d’entamer
rapidement des projets de développement pour
absorber la main d’oeuvre qui sera disponible
du fait de la démobilisation.
A ce sujet, la Conférence
de Goma avait élaboré un Plan d’Urgence
de Développement qui prenait en compte la nécessité
d’asseoir une économie saine et entièrement
sous le contrôle de l’Etat.
VIII. Relance de la CEPGL
Dans le même ordre d’idées,
dans le souci de consolider la paix et la stabilité
dans la Région des Grands Lacs, il y aura également
lieu de relancer les projets économiques d’intérêts
communs. Il s’agit notamment de projets tels
que:
a. La BDGEL
b. L’exploitation du gaz méthane (SOCIGAZ)
c. La construction de la Ruzizi III;
d. Les routes et les TELECOMS.
IX. Des mesures de contrôle
d’exploitation illicite et de commercialisation
du Coltan, de la cassitérite et de l’or
Puisqu’il est établi
que les ex-FAR Interahamwe et tous les groupes armés
s’approvisionnent entre autres à partir
de l’exploitation illicite de la cassitérite,
du coltan et, de l’or, des mesures de contrôle
et de certification de ces matières s’imposent.
Il faudra que la Communauté internationale
établisse des antennes de surveillance dans
les aéroports d’évacuation en
RDC et de transit au Rwanda, au Burundi, en Ouganda
et au Kenya. Ceci n’est pas une innovation car
le Conseil de Sécurité avait pris en
son temps une mesure analogue contre les diamants
du sang de Sierra Leone pour couper l’approvisionnement
aux rebelles du RUF.
La Fédération des Entre¬prises
du Congo et les organisations patronales des pays
de transit ci-évoqués devront s’impliquer
dans la réussite de cette mesure en sensibilisant
leurs affiliés sur les méfaits de ce
commerce illicite des matières précieuses
du sang; sous peine de s’exposer à des
poursuites et des sanctions graves, la plupart de
ces pays de transit ne sont pas producteurs des matières
précieuses. Or, la Communauté internationale,
avec une complaisance déconcertante, prend
en compte les statistiques d’importation de
ces pays,
De grands travaux devront aussi être
effectués dans l’Ituri, dans les Haut
et Bas Uélé pour résorber tous
les démobilisés actuellement en errance,
X. De la réforme de
l’armée Nationale
Le plan de paix appliqué ainsi
permettra à l’Etat de s’occuper
sérieusement de la montée en flèche
d’une armée professionnelle, dissuasive
et capable de protéger les personnes vivant
sur le territoire congolais et leurs biens. Cette
profonde réforme de l’Armée devra
privilégier le recrutement des jeunes soldats
suivant les critères d’aptitude physique,
de civisme et de patriotisme. Il sera fait aussi appel
aux officiers formés dans de grandes écoles
militaires aujourd’hui sans affectations qui
ont oeuvré au sein l’armée nationale
à l’époque du Zaïre, communément
appelés ex-FAZ. La paix, sinon le répit
intervient ainsi est précieux pour le travail
en profondeur de la réforme de l’armée
Fait à Kinshasa, le 29 octobre
2008
Vital KAMERHE
www.provincenordkivu.org
La Rédaction |