Goma, le 10-06-2011
Nouveau mandat de la Monusco : la RDC pose des conditions
Par Le Potentiel
La réaffirmation du principe de subsidiarité, l’appui logistique et technique aux élections, la consolidation de la paix à travers des projets économiques, … le partenariat entre les Nations unis et la République démocratique du Congo chemine vers une nouvelle approche. Le gouvernement en appelle à l’adaptation au regard de l’évolution. Décidément, la RDC s’est engagée sur la voie de l’appropriation de son destin après l’assistance de la communauté internationale. Un pari à la fois noble, difficile et risqué !
La représentante de la RDC aux Nations unis a donné la position du pays par rapport au nouveau mandat de la Monusco. Une requalification s’impose pour la RDC, dans la mesure où la situation sur le terrain a évolué notablement au point qu’il faut envisager et insister davantage sur la consolidation de la stabilisation. Le volet relance économique prend ainsi une place importante.
D’entrée de jeu, la position de la RDC est présentée en des termes plutôt clairs : «Nous demandons aux pays amis et partenaires de bien vouloir s’imprégner du fait que les Nations Unies et la République démocratique du Congo entrent dans une nouvelle transition dans leur partenariat vers le renouveau du pays. Dans cette nouvelle phase, il nous faudra dialoguer, certes, mais surtout s’adapter, au regard de l’évolution de la situation sur le terrain, sur la base, osons-nous le rappeler, des principes d’appropriation dans le chef de la République démocratique du Congo et de subsidiarité dans celui de la coopération internationale», a indiqué madame Atoki.
Les convergences des vues entre la RDC et les Nations unis ont déjà été dégagées. «Le Conseil de sécurité a organisé une importante séance qui a permis de dégager les consensus nécessaires sur les progrès accomplis et sur l’indentification des défis sur la voie de la stabilisation et la consolidation de la paix en République démocratique du Congo», estime madame Atoki.
DES PROGRES LIMITES DANS LE DOMAINE DE LA SECURITE
La formation d’une armée républicaine, professionnelle, dissuasive, … est une priorité absolue pour la RDC. Mais, jusque-là, les efforts consentis semblent insuffisants au regard des défis en présence. Le secrétaire général des Nations unies qui reconnait les progrès réalisés, estime que «Les progrès restent limités, faute d’un appui complémentaire de la part des donateurs s’agissant du matériel de base nécessaire… ». Ce qui est valable pour la PNC, l’est aussi pour les FARDC. Le gouvernement, en ce qui le concerne, doit mettre les bouchées doubles.
Doter la République démocratique du Congo d’une armée dissuasive est un devoir pour le gouvernement. Des efforts sont, certes, entrepris, mais beaucoup reste à faire. Le chemin de la normalisation n’est-elle pas jonchée d’obstacles ? La stratégie bilatérale, qui prévaut dans la formation d’éléments des FARDC, devrait être renforcée. «C’est l’option bilatérale qui est privilégié et pour laquelle des accords, en cours d’exécution, ont déjà été négociés et conclus avec certains pays», affirme la représentante de la RDC aux Nations unies.
«S’agissant de la Police nationale, une demande a déjà été introduite par le gouvernement. Mais comme le reconnait honnêtement le Secrétaire général lui-même au paragraphe 55 de son Rapport, je cite : « … les progrès restent limités faute d’un appui complémentaire de la part des donateurs s’agissant du matériel de base nécessaire… ». Malgré cela, nous continuons à placer notre confiance en la MONUSCO pour la réforme de la Police nationale, avec pour objectif immédiat la formation des effectifs de la Police qui seront appelés à sécuriser les élections», note-t-elle.
Et de poursuivre que les échanges le 18 mai 2011 entre le Conseil de sécurité et la RDC ont permis «de forger un triple consensus entre la République démocratique du Congo et le Conseil de Sécurité, à savoir, un consensus sur les progrès accomplis vers la normalisation de la situation en République Démocratique du Congo, un consensus sur les obstacles qui continuent à joncher le chemin de cette normalisation et qui donc appellent d’urgence notre attention commune et se fondant sur cette double évaluation, un consensus sur l’action future des Nations Unies en République démocratique du Congo et partant, sur le mandat de la Monusco».
CAP SUR LES ELECTIONS
Pour le gouvernement, le soutien de la Monusco à travers un appui logistique et technique est attendu au bénéfice de la Commission électorale indépendante, CENI. «L’organisation et la tenue des élections dans les meilleures conditions seront sans nul doute le défi premier et immédiat du gouvernement et de la communauté internationale. Il s’agit maintenant pour la classe politique congolaise et la CENI non seulement d’accélérer les préparatifs des élections qui doivent se tenir selon le calendrier établi et dans le délai constitutionnel, mais aussi de gérer ce processus dans un climat apaisé. Quant au rôle attendu des Nations unies, je voudrais réitérer la demande du gouvernement d’un appui logistique et technique de la Monusco à la Ceni », insiste la représentante de la RDC à l’ONU.
Par la bouche de sa représentante, il est acquis que l’ONU apportera son soutien à la RDC dans l’organisation des scrutins à venir. «La Mission onusienne nous a dit que pour ce faire, elle a établi un plan qui nécessitera toutefois des ressources supplémentaires. Nous avons compris qu’il en sera ainsi. Nous osons croire que les Nations unies répondront favorablement», conclut-elle sur les attentes de la RDC par rapport aux élections.
NOUVEAU MANDAT DE LA MONUSCO
Sur ce point précis, ainsi que précédemment noté, la RDC attend de la Monusco un appui logistique et technique sur l’organisation des élections. Le secrétaire général recommande la prorogation du mandat de la Monusco pour une nouvelle période de 12 mois. «Le gouvernement appuie cette recommandation du secrétaire général, comme il demande la reconduction des dispositions pertinentes contenues dans les paragraphes 06 et 07 de la résolution 1925 (2010), lesquelles, dans la perspective d’un retrait progressif et ordonné de la Monusco, donnent mandat à l’équipe conjointe d’évaluation d’aider à la prise de décision commune quant à la configuration de la Mission onusienne qui répondra le mieux aux nouveaux défis confrontés sur le terrain», a martelé Atoki Ileka.
Toutefois, elle précise la pensée du gouvernement qui se considère comme « partenaire responsable» : « le gouvernement de la République démocratique du Congo souhaite rassurer le Conseil qu’il n’a nullement l’intention de fragiliser la consolidation de la situation sécuritaire en cours. Le gouvernement est amplement conscient d’avoir encore besoin du concours multiforme des Nations Unies et, à cet effet, se tient prêt à en discuter avec le Conseil».
Par ailleurs, pour la consolidation de la paix, le gouvernement soutient l’option d’un appui dans le secteur économique, le seul capable d’apporter une paix durable à travers la création des richesses. «Le temps est en effet venu pour passer à une nouvelle phase, celle de la relance économique après plusieurs années de guerre», insiste Atoki Ileka.
Citant le ministre à la Coopération internationale et régionale, la Représentante de la RDC aux Nations unies déclare ; «Aussi nécessaire qu’elle puisse être, toute assistance éventuelle des Nations unies, et singulièrement celle de la Monusco, soit conçue et organisée d’une manière qui rende justice aux investissements consentis par la communauté internationale pour mettre fin à la crise de légitimité, relancer l’économie et reconstruire un Etat en République Démocratique du Congo, bref de manière qui capitalise et consolide les résultats notables, quoiqu’encore fragiles, obtenus dans ce sens ».
|