NOUVELLES DE LA PROVINCE DU NORD-KIVU

Goma, le 24-11-2009  

Equateur, Kasaï, Kivu, Province Orientale : la résurgence de l'insécurité a de quoi inquiéter le pouvoir et l'inciter à y réfléchir sans atermoiement

A la manière d'une ritournelle qui n'en finit pas de titiller les tympans, l'insécurité revient au galop dans quatre provinces de la Rd Congo et ce, curieusement à un moment où des opinions se perdent en conjectures au sujet de la fin du mandat de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo. Troublante coïncidence !

Octobre et novembre 2009 auront été les mois pendant lesquels quatre provinces Rd congolaises, en l'occurrence  l'Equateur, le Nord-Kivu, le Kasaï Oriental et la province Orientale ont occupé les feux de la rampe dans les médias locaux. Aucun jour ne se passe sans qu'il apporte son lot de nouvelles alarmantes sur le regain de tensions dans plusieurs localités de ces provinces.

En province Orientale, ce sont les raids meurtriers par intermittence des miliciens rebelles ougandais de la LRA (Armée de libération du seigneur) de Joseph Kony sur des villages situés en bordure des zones forestières, et donc loin des zones couvertes, en termes de sécurité par des éléments gouvernementaux de l'armée ou de la police.

Ces bandits avaient pourtant fait il y a douze mois l'objet d'une traque organisée conjointement par les armées congolaises et ougandaises, ce pour venir à bout de ces criminels ougandais qui ont transposé en terre congolaise leurs querelles sociopolitiques de leur pays. Courageuse et salutaire, cette initiative a été prise personnellement par le président Joseph Kabila Kabange après concertation avec son homologue de Kampala. Pour son initiateur résolu à en finir avec cette racaille, cette opération n'a pas été soumise à une prescription du temps.

Hélas, c'était sans compter avec une caste de frondeurs impénitents de députés et de sénateurs qui s'étaient mis en travers de cette initiative, agitant pour la circonstance le drapeau de l'aliénation de la souveraineté nationale, et en réclamant par voie de conséquence la limitation dans le temps de cette opération. Tant et si bien que la fronde sur laquelle on peut nourrir des soupçons d'accointances avec  des puissances occultes qui rêvent de la balkanisation de la Rd Congo a réussi le coup de restreindre la poursuite de cette traque qui n'a plus duré que quelque trois à quatre mois. Un temps relativement insuffisant pour tailler en pièces la machinerie criminelle du seigneur de guerre ougandais dont les  hommes ont dû se résoudre à changer leurs stratégies d'actions.

Depuis, les combattants de la LRA ne représentent plus que des forces désarticulées contraintes d'opérer sur le mode de la guérilla, ne se contentant plus désormais d'effectuer des raids meurtriers dans des villages isolés, loin des périmètres de sécurité contrôlés par les forces loyalistes. Pour le gouvernement, aussi longtemps que perdurera leur présence sur le sol congolais, ces rebelles ougandais constituent une préoccupation confiée à la haute hiérarchie de l'Etat-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo jusqu'à ce que s'ensuive leur élimination.

Pendant ce temps, un regain de tension s'est signalé dans les deux provinces du Kivu. Au Nord-Kivu d'abord, on assiste à un retour subit et impromptu des soi-disant réfugiés hutu ou tutshi – congolais ou rwandais, c'est selon -  en provenance des deux camps de réfugiés situés en territoire rwandais. Ce sont  donc 12.000 personnes qui se sont fait enregistrer comme réfugiés dans les camps de Byumba et Kibuye au Rwanda. Ils ont franchi la frontière et sont entrées avec leur bétail pour certains, en Rd Congo dans les territoires de Masisi et de Rutshuru.

Ces gens qui se réclament être des réfugiés n'ont malheureusement aucun document en leur possession  pour justifier leur qualité, et la Commission nationale pour les réfugiés du Nord-Kivu qui est sensée connaître leur cas se défend d'avoir constaté un mouvement de réfugiés au niveau de ces deux camps.

D'où la question que l'on se pose : « D'où viennent-ils, ces 12 000 prétendus réfugiés qui ont investi les villages de Chiralirwe, Kitsheyo, Mushoshi et Bilobwe ? Qui sont-ils exactement, alors que la Commission nationale pour les réfugiés affirme qu'ils ne proviennent pas des deux camps précités situés en territoire rwandais ? Une interrogation qui doit être résolue si l'on veut éviter  que des bruits de coups de feu et des cliquetis de machettes n'en viennent rajouter aux drames précédents dont on n'a pas encore fini de pleurer.

Car au Kivu, comme un peu partout ailleurs du reste, les conflits fonciers donnent toujours prétexte à des conflits armés. Et comme toujours, il ne manquera pas d'Honorables députés et sénateurs pour attiser les foyers et chercher à tirer profit de ces situations dramatiques !

Au Sud-Kivu ensuite, où les combattants Interahamwe du Front démocratique pour la libération du Rwanda (FDLR) continuent à bivouaquer dans les massifs forestiers du Sud-Kivu où les pourchassent les troupes loyalistes des FARDC aidées par la logistique de la Monuc.

Ces hutus rwandais, dont la plupart ont pris une part active au génocide dans leur pays en 1994, ne disposent plus d'une force armée redoutable depuis l'opération militaire conjointe menée par les armées de Kigali et de Kinshasa entre décembre 2008 et février 2009, s'adonnent à plus que des actions sporadiques mais suffisamment meurtrières pour maintenir le Nord-Kivu dans un état d'insécurité permanente. D'autant que cette organisation bénéficie des soutiens et des ralliements possibles de certaines nouvelles milices locales.

La nouvelle opération  militaire dénommée Kimia II lancée depuis le mois d'août dernier pour liquider cette organisation est en cours et se déroule à la grande satisfaction de la haute hiérarchie des FARDC et des responsables de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo, nonobstant les bavures incriminées à la 312ème brigade.

Tout porte à croire que si le soutien logistique de la Monuc n'est pas relâché, comme l'ont ardemment souhaité certaines têtes mal pensantes, suite aux incidents reprochés à la seule brigade dont question, et avec la détermination que manifeste de plus en plus la nouvelle administration américaine s'agissant de la liquidation de cette rébellion d'essence étrangère sur le sol de la Rd Congo, 2010 pourrait bien être l'année de tous les espoirs pour la fin de la longue aventure FDLR en République démocratique du Congo.

Dans la province Orientale où la situation sécuritaire reste tributaire de la présence des rebelles ougandais de la LRA qui pillent, violent, tuent et brûlent des champs et des cases et emmènent à leur suite des otages lors des razzias qu'ils effectuent dans certaines contrées de cette province, on s'attend à une évolution semblable de la situation sécuritaire. Les FARDC sont à pied d'œuvre pour venir à bout des rebelles rwandais, mais le concours actif de la communauté internationale reste malgré tout encore un atout indispensable.

Dans le Kasaï Oriental, des hommes politiques dont on ne connaît pas encore la couleur politique jouent avec le feu en attisant des conflits fonciers et des conflits de succession. Le cas le plus récent est celui qui, à 30 km de la ville de Mbuji-Mayi, a opposé deux chefs de groupement le 18 octobre dernier, dans une dispute qui a tourné autour d'une succession à un pouvoir coutumier. Les incidents qui en ont découlé ont fait plusieurs victimes.

Selon un haut responsable du cabinet du ministre de l'Intérieur dépêché sur les lieux, « des ministres, des députés préfèrent avoir une main mise sur les autorités coutumières ». Ce sont ces personnalités qui jouent comme des ombres chinoises derrière ces situations conflictuelles.

Il n'en va pas autrement à l'Equateur où une dispute foncière  met aujourd'hui aux prises deux ethnies pour la possession des étangs piscicoles, au point de provoquer un désastre humanitaire à la suite d'affrontements entre ces deux ethnies.

C'est dire que le départ de la Monuc n'est pas encore pour demain et le gouvernement de la République serait mal inspiré d'exiger le départ des troupes onusiennes dans une précipitation qui ne tiendrait pas compte de tous les paramètres que requiert l'ensemble de la situation sécuritaire du pays alors que l'on en est encore qu'aux balbutiements sir la réforme annoncée de nos forces de sécurité.

Il est vrai que, entre-temps, par le biais des dispositions de la coopération bilatérale résultant des accords signés avec des partenaires de tous ordres - les USA, la Belgique, la Chine, la France et la Grande-Bretagne pour ne citer que ces pays-là - plusieurs éléments de notre future force de frappe militaire sont en formation accélérée, au pays ou dans ce que ces pays disposent comme prestigieuses académies militaires.

Mais il faut nous convenir que cela n'est pas une raison suffisante pour aujourd'hui exiger un départ brusque de la Monuc du sol congolais, comme d'aucuns veulent pousser le Parlement à le décider. En refusant de reconnaître qu'en 10 années de présence onusienne dans ce pays, on ferait montre d'une indécence intellectuelle criante au point que nous ne sommes nullement gênés de reconnaître que cette présence nous a rendu bien de services. Et nous pensons même qu'elle en a encore beaucoup à nous rendre d'ici les prochaines échéances électorales. Pour sûr !

Clément Vidibio/MMC

(CV/PKF)



Last edited: 23/11/2009 18:04:24

 

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