Goma, le 19-01-2010
Deux hommes, un destin : Lumumba et Kabila ; traqués comme du gibier et tués comme des chiens
Quel tort Lumumba et Kabila avaient-ils commis pour être traqués et abattus comme des chiens ? Cette question vaut la peine d'être posée aujourd'hui. Lumumba est assassiné en 1961 alors que la Déclaration universelle des droits de l'homme était signée au 19ème siècle. Son péché, c'est de vouloir l'indépendance de son pays et d'avoir choisi une option politique qu'il estimait adaptée au développement de son pays. Lumumba est traqué parce que accusé d'être communiste.
En Europe, il était impensable, en dépit de la guerre froide, qu'Etat élimine certains citoyens pour la simple raison qu'ils étaient des communistes et s'affichaient comme tels. La France avait son parti communiste, il en est de même des Usa. La raison pour tuer Lumumba était qu'il était communiste. A sa mort, les langues se délient pour dire que c'était la grande satisfaction dans les capitales occidentales. On sait aujourd'hui que des sujets belges s'étaient occupés de saucissonner son corps afin de le faire disparaitre dans l'acide. Si ce n'est pas de la sauvagerie, il faut trouver une autre définition u mot sauvage. Malheureusement, cette révélation n'a pas ému outre mesure l'opinion belge en particulier et occidentale en général. Il est vrai que la Belgique était l'exécutant intéressé, mais le maître d'ouvrage était le bloc occidental, le même qui estime aujourd'hui que la Rdc est un gâchis et a des leçons à donner sur de défense des droits de l'homme.
LD Kabila, tué après la guerre froide
Les Occidentaux, incapables d'avoir honte de leur passé de grands violateurs des droits politiques et des droits de l'homme, se donnent une excuse afin que leurs jeunesses n'aient pas honte d'eux. La guerre froide les obligeait, expliquent-ils, à ces égarements. Soit. Pour Lumumba leur inexcusable excuse peut être écoutée. Mais pourquoi ont-ils traqué et assassiné LD Kabila plusieurs années après la guerre froide ?
C'est clair. Pour les Occidentaux, lorsque leurs intérêts sont en jeu, ils se croient permis de faire tout ce qu'ils condamnent chez les autres. Car, estiment-ils, ils représentent la vérité, le droit et par conséquent, ils se croient permis d'en donner le contenu et la destination de leur choix. Le droit de l'homme n'a pas le même sens lorsqu'il est appliqué aux pays puissants ou aux pays faibles. Lorsque les Européens jugent que le discours de tel ou tel autre dirigeant du monde contrarie les valeurs européennes, ils ont le droit de le déclarer persona non grata. Un pays africain, de surcroît la Rdc, ne peut pas le faire pace que Satan ne peut pas juger un ange. Et ont dit sans rire, que l'on vit dans un monde où tous les hommes sont égaux. Hypocrisie. Lorsque les non hypocrites comme Le Pen affichent clairement leur racisme, ils sont indexés. Les relations entre les pays faibles et les pays puissants sont donc bâties sur le droit à l'hypocrisie.
A chaque époque, ils ont la possibilité et le droit auto-octroyé de contourner les valeurs en érigeant les antivaleurs en valeurs. C'est ainsi que des crimes comme la traite des Noirs et la colonisation ne sont pas considérés comme des crimes imprescriptibles. On ne peut pas dire à quelle époque le monde occidental a cessé de violer les droits des personnes. Pour eux, les crimes de Pol pot sont plus crimes que le massacre des Palestiniens et ainsi de suite. L'occidentalisme est un blanchiment des crimes. On se tromperait en croyant que Lumumba et Kabila seraient les dernières victimes de l'intolérance politique.
Qui est Lumumba ?
Patrice Lumumba est né en 1925. Après des études, il entre aux Chèques postaux de Stanleyville et y entame une activité syndicale. Il est emprisonné soit-disant pour détournement de fonds. Accusation qu'il a avait toujours démentie. En prison, il écrit Le Congo est-il une terre d'avenir ? A sa sortie, il est engagé à la brasserie Polar. Il est parmi les évolués en vue. Il fonde le Mouvement national congolais en 1958, avec Cyril Adoula, pour un Congo laïc, uni et indépendant. Il combat pour dénoncer le colonialisme et revendiquer l'indépendance. Comme leader du mouvement indépendantiste, il est emprisonné par les autorités belges. A la demande des autres leaders congolais, il participe à la table-ronde de Bruxelles en janvier 1960. Suite aux bons résultats de son parti et grâce à la coalition avec le Psa/Gizenga, Lr Balubakat de Sendwe et le Cerea de Anicet Kashamura, il devient Premier ministre alors qu'il donne l(ordre au parlement où il avait la majorité, de voter pour Kasa-Vubu.
Son discours jugé très agressif à l'égard du roi Baudouin, le 30 juin 1960, à l'occasion de la proclamation de l'Indépendance, refroidit les relations belgo-congolaises. La Belgique complote contre le nouvel Etat e des troubles éclatent au même moment le Katanga et le Sud Kasaï entrent en sécession. Lumumba pris de crainte de voir le Congo s'enfoncer dans le chaos, s'adresse à l'ONU et à divers chefs d'État, recevant finalement un soutien de l'URSS. Ses rapports avec les troupes de l'ONU s'enveniment.
Le 5 septembre, Kasavubu le révoque. Mis en résidence surveillée en octobre, il s'enfuit vers Stanleyville où il espère rejoindre son partisan Gizenga qui l'y avait précédé à sa demande avec tout le gouvernement et le parlement élu. Mais il est repris par Mobutu, son ancien particulier au MNC et secrétaire d'Etat au gouvernement Lumumba. Transféré du camp de Thysville (Mbanza-Ngungu) à Elisabethville (Lubumbashi), il y est sauvagement assassiné le 17 janvier 1961. Son corps est saucissonné par deux policiers belges (les frères Soate) et dissout dans l'acide sulfurique.
Proclamé héros national par Mobutu, son geôlier, il faudra attendre 1997 pour que la date de sa mort soit commémorée. Et la personnalité de Patrice Lumumba est revenue sous les feux de l'actualité de façon récurrente avec l'arrivée de Kabila au pouvoir. Il faudra également attendre plusieurs années après pour que la Belgique mette en place une commission qui a établi « la responsabilité morale de la Belgique, qui avait œuvré pour l'écarter du pouvoir et ne s'était pas préoccupée de son intégrité physique lors de son transfert au Katanga ». Il est pourtant démontré aujourd'hui que la Belgique était allée jusqu'au bout de la besogne, notamment à travers les frères Soate.
Le 5 février 2002, le gouvernement belge a présenté des excuses au peuple congolais et décidé de créer un fonds destiné à éviter les conflits dans la République démocratique du Congo. Une promesse non tenue selon les héritiers biologiques de Lumumba. Lire interview de Roland Lumumba à ce sujet.
Qui est LD Kabila ?
Laurent-Désiré Kabila est originaire de l'ethnie Luba du Katanga (Balibakat). Après ses études secondaires, il se rend à Paris où il fait des études de philologie.
Sa lutte politique remonte au début des années 1960.
D'août 1960 à janvier 1961. A la mort de Lumumba, affecté, il dit à sa mère qu'il sera un autre Lumumba pour continuer la lutte de ce dernier. Il lutte contre la gendarmerie katangaise dans les rangs de la jeunesse du Parti Balubakat (Jeubakat). Jason Sendwé, chef de la Balubakat, le parti qui regroupe les membres de leur ethnie commune, celle des Lubas, remarque ses talents d'orateur et le nomme « colonel » des jeunesses, en fait des milices Balubakat au Katanga. Ces milices se rallient à l'insurrection déclenchée par les forces lumumbistes en 1964.
Il installe son maquis dans les montagnes de Fizi à Hewa Bora. Son maquis est organisé à l'exemple d'un Etat en miniature avec tous les services. Le maquis de Kabila parvient à se maintenir pendant une trentaine d'années. Après plusieurs tentatives de renverser la dictature de Mobutu, il réussit à l'issue de la guerre que mène l'Afdl à chasser Mobutu du pouvoir. Alors qu'il avait promis une transition la plus courte de l'histoire politique de l'Afrique, soit deux ans avant d'aller aux élections, les politiciens congolais craignant sa grande popularité avec l'apport des milieux occidentaux qui lui étaient hostiles, il est assassiné le 16 janvier 2001 dans son bureau au Palais de Marbre. L'assassin, son garde du corps Rashidi Kasereka.
Le procès des auteurs de l'attentat a abouti à la condamnation d'une trentaine de personnes dont les plus vue, le colonel Eddy Kapend son aide de camp, Leta, responsable des services de renseignement (Anr) et Nono Lutula, son Conseiller spécial en matière de sécurité.
Joachim DIANA
La Rédaction
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