Goma, le 07-05-2010
Julien PALUKU : « Fini la guerre au Nord Kivu, maintenant, ce sont des talents qu’il faut exploiter » après le travail de pacification.

Maintenant, ce sont des talents qu’il faut exploiter » Après le travail de pacification au Nord Kivu, dans le cadre de l’opération arme à feu contre 50 dollars, initiée par le Programme œcuménique de Paix, réconciliation et transformation des conflits (Parec), du Pasteur Ngoy Mulunda, le Gouverneur de la Province du Nord Kivu, M. Julien Paluku, a personnellement soutenu et encouragé la mission dans sa province.
Il l’a dit au cours d’une interview qu’il a accordée à la presse.
1. Quelle est votre lecture des faits s’il vous était demandé de faire une évaluation de l’activité du PAREC dans votre province ?
Réponse. Il est trop tôt de pouvoir faire une évaluation vue la dimension de la Province. Le Nord Kivu a la dimension du Rwanda et du Burundi réunis. On ne peut pas en un seul mois sillonner les 59 mille km2. Le travail abattu par le pasteur est un grand travail. Nous remercions le Chef de l’Etat qui a envoyé le Pasteur ici chez nous. Depuis une dizaine d’années, le Nord Kivu a été le théâtre des affrontements, beaucoup d’armes ont circulé dans le chef de la population de manière illégale. C’est un ouf de soulagement pour nous de savoir que plus de 3 mille armes sont déjà récupérées par le Parec, plus de 3o mille minutions. C’est pour nous un grand pas, au-delà de tout ce qui se fait comme efforts, le Parec vient confirmer et renforcer les vœux du Chef de l’Etat.
Sur le plan sécuritaire, quel effet peut produire ces opérations sur toute l’étendue de la province ?
Comme journaliste, vous connaissez l’histoire de cette Province. Il y a eu un moment où il y avait 1 à 2 morts par jour dans la ville de Goma et une dizaine des morts par jour. Les gens abattus lâchement dans l’ensemble de la province car la circulation des armes n’était pas contrôlée. Mais, vous avez été témoin privilégiés pour dire à l’ensemble de la Nation et au monde entier qu’il y a une évolution très positive en matière de sécurité. Vous-même, depuis que vous êtes là, il n’y a pas eu des cas de tuerie et si cela est arrivé, c’est un cas de criminalité comme partout au monde. Des tueries comme ce qu’on a observé en 2007, 2008 et en début de 2009 n’existent plus. C’est un sentiment de satisfaction pour nous car, les armes récupérées ont produit un effet par apport au vécu quotidien de la population.
Êtes-vous encore prêt à soutenir financièrement la deuxième étape de l’opération « arme à feu contre 50 dollars » au Nord Kivu ?
La paix n’a pas des prix. Notre contribution est toujours permanente. Nous l’avons annoncé au début, elle a été déjà libérée. Malgré le montant que nous pouvons donner, notre contribution est toujours permanente pour appuyer cette opération à chaque fois que nous rencontrerons le Pasteur. Vu que la volonté du Chef de l’Etat est manifeste, lui-même est venu ici plus de 10 fois. On le voit dépêcher les équipes ici pour venir nous soutenir dans cette lutte. Vous-même, vous venez de passer plus d’un mois ici avec nous, je me dois de vous féliciter et vous remercier pour votre apport aussi car, vous avez quitté vos occupations à Kinshasa pour venir vous joindre à nos efforts en acceptant de vivre dans des conditions parfois difficiles. Votre contribution est très grande. A mon niveau, je dois vous féliciter et vous louer pour cet apport en fin de voir la houe remplacer les Kalachnikov comme le souhaite le Chef de l’Etat.
Les militaires de FDLR commencent à se rendre au PAREC. Comment appréhendez-vous cette initiative ?
Cette problématique a toujours été l’objet de beaucoup de débats. Moi-même, j’ai été le premier à rencontrer ce problème juste après la signature des actes d’engagement en 2008, le jeudi 24 janvier 2008, quand je suis allé rencontrer un certain colonel Musare avec qui j’ai parlé sur la possibilité des FDLR de rentrer chez eux et pour ceux qui ne veulent pas rentrer, être déployés ailleurs à la seule condition de déposer les armes et se comporter comme les refugiés au même titre que tous les autres. Je crois que l’étape que vient de faire le Pasteur Ngoy en rencontrant le Chef FDLR Soki est une étape importante qui demande maintenant plus de sensibilisation vers ces gens car, il y a parmi eux ceux qui disent qu’ils sont libres de vivre aussi ailleurs comme refugiés. Je crois que nous devons pousser sur l’accélérateur pour que finalement les dernières poches de résistance qui restent dans notre province puisse être démantelées par cette approche de sensibilisation et participative où on appelle ces gens là à quitter et à aller ailleurs pour ce fait. Nous remercions le Pasteur pour cette percée significative dans la province. Nous devons l’appuyer car, le Nord Kivu a plus que besoin de la paix.
Vous avez participé à la réunion des Gouverneurs des Pays des Grands Lacs qui s’est tenue à Kigali. Est-ce que la situation des FDLR a été évoquée ?
Nous nous réjouissons d’avoir eu l’avantage de participer à cette réunion, qui est encore une fois l’une des grandes occasions offertes par le Chef de l’Etat pour que les Gouverneurs de la région des Grands Lacs se rencontrent. Il y avait 10 du Burundi, 3 du Rwanda et 3 de la RDC. Là, nous avons fait une évaluation sécuritaire de la province du Nord Kivu, ce qui nous a amené à l’ouverture des frontières car, les uns et les autres ont compris qu’il n’y avait plus des menaces. Vous savez qu’à un moment, le Rwanda nous accusait d’être le réservoir des menaces contre lui. Mais, maintenant, il a senti l’engagement du Chef de l’Etat pour mettre fin à cette menace après avoir évalué que la situation est calme dans les Massisi, Rutsthuru et à Walikale. On a convenu ensemble qu’il fallait dissiper le climat de méfiance qui nous a toujours caractérisée et là, nous avons convenu de commencer le projet d’intégration qui nous concerne et ceci consiste à exploiter en commun nos intérêts. C’est l’exemple de l’exploitation du gaz méthane en commun qui va nous donner plus de 200 MGW qui donnera de l’énergie au Rwanda, au Burundi et au Congo. Il en est de même pour la Ruzizi 3 et Ruzizi 4. Une fois financée, nous allons partager les intérêts et personne ne doit se battre pour éviter de mettre en péril les intérêts que nous partageons. Ce sont là les opportunités que nous ont offertes nos trois Chefs d’Etats. Nous disons que cette rencontre a démontré que le climat est déjà bon et, elle a jeté les bases d’un très bon avenir entre les trois pays. Comment appréciez-vous les relations qui existent entre les FDLR et les CNDP Si vous vous rappelez bien dans mon discours du 30 juin dernier, lorsque le Chef de l’Etat m’a accordé d’adresser la parole à la population, j’avais dit qu’après une pluie torrentielle, les gens ont toujours tendance à voir les petites goutes qui tombent alors que la grande pluie est déjà passée et oublie que ces goutes annoncent la fin de la pluie. C’est la même chose. Lorsque vous voyez encore le tâtonnement ça et là, dans le processus, c’est tout à fait normal car, nous l’avons commencé très difficilement et nous sommes entrain de nous approcher vers le but petit à petit. Comme le slogan du Chef de l’Etat qui dit que : « Celui qui transporte les œufs marche toujours lentement et ne s’agite pas », il ne nous appartient pas à nous de pouvoir heurter des fronts le processus. Nous y allons petit à petit. Il y a encore des petites zones que nous devons éclaircir.
Vous avez appris que les barrières sont déjà levées, c’est déjà une grande étape. Pourtant, ce sont ces barrières qui alimentaient les administrations parallèles et maintenant, comment vont-survivre ces administrations qui sont installées dans la province ?
Maintenant, nous sommes en pourparler avec les CNDP pour évacuer les petits problèmes qui restent définitivement. Vingt mille hommes intégrés dans les FRDC. Est-ce que la cohabitation est bonne? Oui, la cohabitation est bonne. Ils sont déjà déployés et ils participent aux opérations contre les FDLR dans les Massisi, à Niabiondo, dans le Walikale et partout, il est vrai que quand on intègre l’armé, on s’attend à beaucoup de choses, à un salaire de 200, 300 dollars, mais le pays sort de loin, souvent on nous compare aux pays des vieilles démocraties comme les Etats Unis et la France qui ont 300 ans d’expérience de démocratie. On ne doit pas nous comparer à eux, pourtant, il n’y a pas très long temps que la RDC est sortie d’une bonne trentaine d’années de dictature, 6 ans de guerre, 3 ans de transition. On doit comprendre que le pays se recherche encore et que le Chef de l’Etat et entrer de baliser avec tous les mécanismes qu’il met en place pour que nous puissions aussi ressembler d’autres pays de vielles démocraties.
Avez-vous un bilan à faire sur les violences sexuelles dans votre province ?
Nous devons reconnaître que notre province a connu suffisamment d’affres et ces violences sexuelles ont appartenu à un passé récent. Les gens doivent comprendre qu’à un moment donné, le Gouvernement n’avait pas la gestion de l’ensemble du territoire. Il y avait plusieurs groupes rebelles et beaucoup d’actes se commettaient dans des zones qui n’étaient pas contrôlées par le Gouvernement. Depuis que le Gouvernement a repris le contrôle, aujourd’hui il a 197 jugements, 32O condamnations qui viennent d’être fait dans la province pour montrer que le Chef de l’Etat a piloté une action militaire opérationnelle qui est entrain de faire correctement son travail Nous avons tout fait pour que cela se passe en audience foraine et devant le grand public pour que ça ait un effet psychologique vers ceux qui commettent de tels actes. J’en ai profité pour remettre le document contenant le bilan de nombre des jugements et de condamnations faits jusque là pour démentir ce qui se dit toujours dans les chancelleries occidentales que le Gouvernement congolais ne fournis aucun effort dans ce sens
Etes-vous au courant qu’il y a un problème de manque d’eau potable à Kanyabayonga ?
A Kanyabayonga, Rutshuru comme Niabiondo et Butembo, nous avons un problème de manque d’eau potable, même dans la ville de Goma où on a un lac à côté. On a eu, à un moment, à enregistrer des cas de noyade car, les jeunes filles allaient chercher de l’eau au lac. En 2002, le Volcan avait décimé toutes les voies de distribution d’eau potable. C’est vrai que Kanyabayonga est une cité qui a connu beaucoup de guerres. C’est maintenant que les gens commencent à rentrer. Pendant la guerre, on ne pouvait pas travailler pour l’adduction d’eau potable. Maintenant, c’est devenu une préoccupation pour le Gouvernement provincial. Kanyabayonga figure parmi nos cibles et même dans le budget réaménagé, Kanyabayonga figure parmi les territoires qui seront servis en priorité dans l’adduction de l’eau potable.
Comment se prépare le Nord Kivu pour les cinquante ans de l’indépendance ?
J’ai fait l’honneur de confier les activités du cinquantenaire à une Dame dans le cadre de la parité. C’est à elle de nous dire ce qu’elle va faire. Mais, dans la planification qui est faite, nous comptons construire une grande école du cinquantenaire et également faire des réflexions bilans qui seront menées par les différents partenaires qui ont eu à œuvrer dans la province. Chacun fait une réflexion prospective pour démontrer dans 50 ans ce qui a marché et là où nous devons doubler les efforts. Pour le Nord Kivu, nous voulons donner un Nord Kivu pour 25 ans, donc la réussite ou l’échec revient aux femmes Un mot à dire sur la décentralisation Oui, ça marche bien mais, à pas de tortue. Nous les Gouverneurs, nous sommes comme de cobaye, les gens ne doivent pas penser que quand ça évolue en dents de scie, c’est la faute au Gouverneur. Par contre, il faut les primer car c’est une première expérience, quand on expérimente la décentralisation sur nous comme sur un animal de laboratoire, pourtant, avant nous, on ne parlait pas de la décentralisation. On ne doit pas nous condamner. C’est à travers nous que les autres qui viendront demain se serviront de nos expériences pour savoir comment diriger la République. Pour terminer Je lance un appel aux enfants du Nord Kivu et à ceux de la République entière pour dire que le Nord Kivu est une province qui sort de guerre et maintenant qui commence à montrer ses talents. C’est la guerre qui enfermait la population du Kivu. Les premiers exemples, c’est celui du petit Innocent qui évolue très bien à Kinshasa, un des grands musiciens qui est sorti de Ndule war de Kinshasa, un tennisman, un enfant de 12 ans qui est champion de la République et va représenter la RDC à la coupe d’Afrique de Tennis. Maintenant, tous les enfants du Kivu doivent s’unir pour montrer à la Nation et au monde entier que chez-nous, il n’y a pas que la guerre, mais des talents qui peuvent revenir au profit de la République.
La Rédaction
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