NOUVELLES DE LA PROVINCE DU NORD-KIVU

Goma, le 20-03-2011       

Le gouvernement congolais suspend la prospection pétrolière par Soco International dans le parc des Virunga

Le Gouvernement a fini par céder aux différentes pressions exercées par des partenaires extérieurs, dont l'Unesco, pour l'arrêt de toute activité pétrolière dans le parc des Virunga. Que va faire Soco International, entreprise britannique qui détient des permis d'exploration sur le bloc 5 du rift Albertine, situé en plein cœur, du parc.

Kinshasa devrait tirer les conséquences de ce revirement en sanctionnant toutes les personnes qui ont engagé l’Etat dans l’aliénation du parc des Virunga. Depuis jeudi 17 mars 2011, le gouvernement a décidé de revenir sur sa décision, notamment celle autorisant la firme britannique de déployer ses équipes d'exploration dans le parc des Virunga. Les pressions internationales ont finalement eu raison de son intransigeance.

C'est le ministre de l'Environnement, Conservation de la nature et Tourisme, José Endundo Bononge, qui a eu la primeur d'annoncer la volte-face de l'Exécutif national. Dans un communiqué, datant du jeudi 17 mars, et relayé par AFP, le ministre Endundo rend compte de la décision du Gouvernement de revoir sa position par rapport à l'activité pétrolière dans le parc des Virunga.

En effet, il y a quelques mois, l'Unesco, qui gère le parc des Virunga, en raison de son rang de patrimoine mondial de l'humanité, avait délégué à Kinshasa l'un de ses plus hauts responsables, en l'occurrence, sa directrice générale, Irina Bokova, pour ramener le gouvernement congolais à la raison.

Finalement, tout porte à croire que le message de l'Unesco a été bien perçu par Kinshasa. Car, dans son communiqué, le ministre de l'Environnement propose, corollairement à cette mesure de suspension, le lancement d'une " évaluation environnementale transparente (EES), exhaustive pour étudier les meilleures options pour le peuple congolais ".

Dans son communiqué, José Endundo motive sa décision à la suite des " démarches spécifiques " entreprises par les services de son ministère. Contrairement aux résultats présentés auparavant par Soco International, le gouvernement a, en fin de compte, levé l'option de suspendre toute exploration pétrolière dans le parc.

A propos des recommandations contenues dans l'étude environnementale menée par l'opérateur du projet, Soco International, José Endundo juge l'étude présentée par Soco " prématurée, sommaire et non conforme aux standards qu'on pouvait attendre ".

Pour que rien ne perturbe la mise en application de la mesure de suspension, le ministre dit avoir reçu les assurances de Soco International de " n'entreprendre de nouvelles activités qu'à la condition qu'un processus de comparaison des avantages et coûts du projet pétrolier, consensuel et transparent, se soit prononcé en sa faveur ".

Le prix de l'improvisation

Qu'est-ce qui s'est donc passé pour qu'on en arrive là ? N'avait-on pas, au niveau du gouvernement, pris le temps de mener préalablement toutes les études environnementales dont fait mention aujourd'hui le ministre Endundo avant d'attribuer, en juin 2010, un permis d'exploration en bonne et due forme à Soco International ?

Dans tous les cas, toutes ces interrogations se justifient au regard de l'attitude quelque peu désinvolte affichée par le gouvernement de la République. Qu'est-ce qui a donc pu se passer dans les couloirs de l'Exécutif national pour minimiser toutes les étapes évoquées par le ministre de l'Environnement ?

Une fois de plus, le dossier Soco International est la preuve de la légèreté avec laquelle est géré le secteur des ressources naturelles en RDC. Ce n'est donc pas pour rien que la Banque mondiale continue à exiger du gouvernement une véritable transparence dans la gestion de ce secteur stratégique.

Loin d'être un sujet d'orgueil ou de souveraineté, le rebondissement du dossier Soco International devait cependant interpeller au plus haut niveau le gouvernement. A n'en point douter, ce dossier ramène à la surface les graves fissures qui minent l'Exécutif national. Y a-t-il alors une cohésion dans les décisions gouvernementales ? Apparemment, non.

Dans le dossier Soco, il devient évident que le ministère de l'Environnement n'a nullement été associé - de près ni de loin - à ce dossier. On est donc en droit de s'interroger. Qui a finalement géré ce dossier, au point d'induire le chef de l'Etat en erreur en lui faisant signer une ordonnance accordant le bloc 5 du rift Albertine à Soco International, pourtant entaché d'irrégularités ?

Au moment où le pays rythme à la cadence de "Tolérance zéro ", le président de la République devait sévir pour punir les coupables. C'est sûr que des commissions ont circulé, pour qu'au niveau de l'Exécutif l'on arrive à faire fi des exceptions que soulève aujourd'hui le ministère de l'Environnement.

Une fois de plus, la RDC est victime de ses propres turpitudes. Pire, le pays est victime de l'avarice de ses dirigeants ; ceux qui sont investis du mandat d'engager la République.
A quelle conclusion devra-t-on s'attendre ? Dans le dossier Soco International, des têtes doivent nécessairement tomber - ne serait-ce pour l'honneur souillé du Congo, démocratique.

Pour rappel, le parc national des Virunga, le plus ancien en Afrique, a été créé en 1925. Un site du patrimoine mondial en péril, qui regorge de nombreuses espèces tant fauniques que de la flore, notamment les éléphants, les gorilles des montagnes, les chimpanzés, les hippopotames, etc.

Il abrite également le lac Edouard exploité par plusieurs milliers de pêcheurs pour leur survie.

Le Potentiel

(CL/Yes)

Last edited: 19/03/2011 16:46:21

 

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