Goma,
le 26-09-2008
Les raisons
profondes de la démission de Gizenga
Kinshasa, 26/09/2008 / Politique
Le gouvernement était fortement
critiqué par l’Assemblée nationale
notamment pour n’avoir pas déposé
le projet de loi budgétaire pour l’exercice
2009 dans le délai prescrit par la Constitution.
Le Premier ministre Antoine Gizenga a remis jeudi
matin sa lettre de démission au Président
de la République. Pourtant le gouvernement
était attendu vednredi à l’Assemblée
nationale dans le cadre de la session ordinaire de
septembre consacrée à l’examen
du budget 2009.
Fortement critiqué par l’Assemblée
nationale, notamment pour n’avoir pas déposé
le projet de loi budgétaire pour l’exercice
2009 dans le délai prescrit par la Constitution,
les députés attendaient le chef du gouvernement
de pied ferme avec des motions de défiance
et de censure. Pour l’heure, Gizenga va expédier
les affaires courantes jusqu’à ce que
le Président de la République prenne
acte de sa démission. Antoine Gizenga démissionne
au moment où le pays est secoué par
plusieurs problèmes, notamment la reprise de
la guerre dans les Kivu et la montée de la
grogne sociale.
L’Assemblée nationale
s’attendait à interpeller le gouvernement
Le Président de l’Assemblée
nationale congolaise, Vital Kamerhe, a annoncé,
hier jeudi, l’interpellation prochaine du Premier
ministre Antoine Gizenga devant son institution, déclarant
notamment que « la période d’observation
est finie ». S’exprimant le mercredi dernier
à l’émission Dialogue entre Congolais
de Radio Okapi, le président de l’Assemblée
nationale avait annoncé que son institution
attendait interpeller le chef du gouvernement au sujet
de ces questions. Et si les explications ne s’avéraient
pas convaincantes, disait Vital Kamerhe, cette interpellation
pourrait aboutir à la « chute du gouvernement
».
« Nous disons, depuis la rentrée
parlementaire, que cette période d’observation
est finie, et nous passons à l’interpellation
du Premier ministre », a déclaré
le président de l’Assemblée nationale.
« On doit donc, au nom du peuple congolais,
poser la question de savoir comment résoudre
l’épineuse question de l’Est du
pays, comment résoudre le problème du
malaise social », a-t-il poursuivi. Et pour
Vital Kamerhre, cette interpellation peut déboucher
sur la chute du gouvernement si les explications du
Premier ministre ne sont pas convaincantes.
« Il ne faut pas prédire
d’avance. Cela doit faire l’objet d’un
processus: Le droit de la défense est sacré,
et les députés doivent être attentifs
pour reconnaître qu’à l’impossible,
nul n’est tenu », a néanmoins relevé
l’invité du Dialogue entre Congolais.
Et d’insister : « Mais, si nous nous rendons
compte que c’est à la suite de la distraction
ou de l’immobilisme effectivement, ou du manque
d’imagination que le gouvernement n’arrive
pas à répondre aux attentes de la population,
là, nous allons prendre nos responsabilités
».
Gizenga part la tête haute
Mercredi dernier, à l’issue
d’une mission d’évaluation de 18
jours à Kinshasa, une délégation
du Fonds monétaire international (FMI) a jugé
« satisfaisante » l’exécution
du programme économique 2008 par le gouvernement.
Elle a noté une « forte performance »
des recettes qui a facilité la réduction
des emprunts auprès des banques. La mission
a, en outre, noté une politique monétaire
« encourageante » qui a aidé à
« contenir le taux d’inflation à
24% en glissement annuel à la fin août
face à l’augmentation des prix des produits
pétroliers et alimentaires. M. Gizenga a demandé
aux Congolais de tenir bon d’avancer avec détermination
» pour relever les défis de la reconstruction
d’un pays ravagé par les guerres.
Du parcours du Patriarche
Proche de Patrice Lumumba, chef du
Parti solidaire africain, Gizenga a été
Vice-Premier ministre en 1960 et 1961 et Premier ministre
de la rébellion en 1961. Son gouvernement à
Stanleyville (Kisangani actuelle) a été
reconnu par 21 pays d’Afrique,d’Asie,
et d’Europe de l’Est en février
1961. Il a été emprisonné à
Bula-Mbemba de janvier 1962 à juillet 1964,
il sera libéré après que les
membres du MNC/L avec à leur tête Antoine
Kiwewa exigent sa : libération. Déjà,
le 25 septembre 1962, le Sénat avait défié
Kasa-Vubu en votant une résolution qui exigeait
la libération immédiate d’Antoine
Gizenga. Le même jour, une manifestation conjointe
MNC/L et PSA est organisée pour la libération
de Gizenga. Le pouvoir réagit fermement: sept
députés lumumbistes sont mis aux arrêts
le 29 septembre. La mise en congé du Parlement
est applaudie par toute la presse. C’est la
même réaction au niveau des syndicats
importants: UTC, FGTK, CSLO et la redoutable Union
générale des étudiants congolais
(UGEC), mais qui exigent aussi l’extension de
la mesure au gouvernement taxé d’incompétent
et de corrompu.
A l’opposé, les partis
politiques de l’opposition lumumbiste, majoritaires
au Parlement, vont déterrer la hache de guerre.
Ils se réunissent du 29 septembre au 3 octobre.
Ils vont créer à Léopoldville
le Conseil national de libération (CNL) le
3 octobre. Le CNL vise à s’opposer aux
mesures prises le 29 septembre et à renverser
le gouvernement Adoula. Le CNL, qui sera à
la base de la terrible rébellion muleliste,
va conquérir durant l’année 1964
les trois-quarts du pays. Et se divisera en deux blocs:
le MNL/Gbenye avec Soumialot, Laurent-Désiré
Kabila ; et le MNL/Bocheley avec Gizenga, Pauline
Lumumba, Pierre Mulele, Lubaya.
A peine Gizenga sortait-il de la
prison de Bula-Mbemba, qu’il créa le
Palu le 24 août 1964. Ce en dépit du
refus obstiné d’autres dirigeants lumubistes,
en l’occurrence, ceux du MNC dont Antoine Kiwewa
et Alexandre Mahamba. Pour ces derniers, seul le congrès
de chaque parti se devrait de saborder le MNC et le
PSA, afin d’une refonte d’un grand parti
des masses, tel avait été le souhait
de Patrice Lumumba. Il a vécu en exil de 1965
à 1992. Il fonde, durant sont exil, les Forces
démocratiques pour la libération du
Congo (FODELICO).
En 2006, il se présente à
l’élection présidentielle congolaise
de juillet, comme candidat du PALU. Ayant obtenu 13,06%
des votes au premier tour, il est troisième
de l’élection et devrait être l’arbitre
du second tour entre Joseph Kabila et Jean-Pierre
Bemba. Il est arrivé en tête dans sa
province natale, le Bandundu. Le samedi 30 septembre,
il avait signé à Kinshasa un accord
de coalition qui viserait à faire élire
le Président Joseph Kabila au second tour des
élections présidentielles prévues
pour le 29 octobre.
L’accord prévoirait
aussi l’attribution du poste de Premier ministre
à un membre du Parti Lumumbiste Unifié
d’Antoine Gizenga. Pourtant, des proches de
Gizenga démentent même après les
élections ce genre de manoeuvre. Le 30 décembre
2006, il est nommé Premier ministre par le
Président Joseph Kabila. Il prend la tête
du nouveau gouvernement du pays le 5 février
2007, comprenant 59 membres.
(TH/PKF)
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