Goma,
le 18-12-2008
Le cerveau
du génocide rwandais condamné
à la
prison à vie

Tony Karumba AFP ¦ Le
colonel Théoneste Bagosora arrive le 18 décembre
2008 au Tribunal pénal international pour le
Rwanda (TPIR) à Arusha.
Le colonel Théoneste Bagosora, présenté
comme le «cerveau» du génocide
de 1994 au Rwanda, a été condamné
jeudi à la prison à vie au terme du
procès phare du Tribunal pénal international
pour le Rwanda (TPIR).
Pas de crime d'«entente en vue de commettre
un génocide»
Deux autres accusés, l'ex-commandant des opérations
dans le secteur militaire de Gisenyi dans le nord-ouest,
le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, et le chef
du bataillon paracommando dans la zone de l'aéroport
de Kigali, le major Aloys Ntabakuze, ont été
condamnés à la même peine, également
pour «génocide, crimes contre l'humanité
et crimes de guerre».
Le tribunal les a toutefois «acquittés»
du crime d'«entente en vue de commettre un génocide»
avant le 7 avril 1994, une qualification recouvrant
l'élaboration collective du projet génocidaire
et les préparatifs nécessaires en vue
de son exécution. Le tribunal a également
acquitté le quatrième accusé
du procès, l'ancien responsable des opérations
militaires à l'état-major de l'armée,
le brigadier général Gratien Kabiligi,
et a «ordonné sa remise en liberté
immédiate».
Le colonel fait appel
«Bagosora a décidé de faire appel.
C'est la déception», a déclaré,
après le verdict, son principal avocat, Me
Raphaël Constant, ajoutant: «je constate
quand même que le chef d'entente en vue de commettre
le génocide n'a pas été retenu.
C'est ce qui est important (...), c'est une remise
en cause de toute l'historiographie du Rwanda».
Jusqu'à ce jour, aucun accusé du TPIR
n'a été reconnu coupable de ce crime,
pourtant plaidé dans presque toutes les affaires.
Le colonel Bagosora, un Hutu de 67 ans, avait été
présenté comme le «cerveau»
des massacres par le parquet tout au long du procès,
qui avait débuté en 2002. Le génocide,
perpétré en trois mois, a fait, selon
l'ONU, environ 800.000 morts parmi la minorité
tutsi et les Hutu modérés. La chambre,
présidée par le juge norvégien
Erik Mose, a considéré que le colonel
Bagosora dirigeait de facto l'armée rwandaise
après l'attentat le 6 avril 1994 contre l'avion
du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana,
qui avait servi de détonateur au génocide.
Jugé coupable de l'assassinat de 10
casques bleus Belges
Dans ses attendus, la chambre a conclu à la
responsabilité de Theoneste Bagosora dans l'assassinat
le 7 avril, par des éléments de l'armée
rwandaise, du Premier ministre de l'époque,
Agathe Uwilingiyimana, perçue comme trop modérée
par la frange extrémiste du régime hutu.
Sa responsabilité est également retenue
dans les assassinats ciblés de différentes
personnalités politiques, dont le président
de la Cour constitutionnelle Joseph Kavaruganda, une
position clé en ces heures de vacance du pouvoir.
La chambre l'a également jugé coupable
pour son implication dans l'assassinat de dix Casques
bleus belges tués le 7 avril dans un camp militaire
de Kigali et de massacres de Tutsi à des barrages
routiers à Kigali et dans la région
de Gisenyi.
MD avec agence
20Minutes.fr, éditions du
18/12/2008 - 14h53
dernière mise à jour : 18/12/2008 -
14h53
|