NOUVELLES DE LA PROVINCE DU NORD-KIVU

Goma, le 20-07-2011      

Ce 25 juillet, Ceni-partis politiques : Discussion en vue d’adopter un code de bonne conduite

Les élections sont une période passionnante mais très délicate. Dans un continent où la conquête du pouvoir devient une question de vie ou de mort, beaucoup d’ingrédients interviennent, même ceux qui n’ont rien à voir avec l’organisation proprement dite des élections. La haine tribale, les querelles d’hommes, les luttes provinciales, viennent se joindre aux convenances personnelles.

Chacun croit avoir raison en se donnant des raisons d’imposer le silence sinon la soumission aux autres. La Rdc est totalement engagée sur cette pente raide notamment avec des candidats qui se proclament vainqueurs avant même qu’ils aient présenté cette candidature et qu’elle ait été acceptée par la Ceni suivant toute la réglementation en vigueur. Cela démontre que beaucoup de candidats se croient leur propre juge au même moment qu’ils jouent au procureur vis-à-vis des autres.

Beaucoup mettent même en cause le pouvoir que la loi octroie à la Ceni comme seul « pouvoir organisateur » des élections en Rdc. Dans une anticipation dangereuse, la Ceni est considérée comme faisant partie d’un camp politique pour le compte duquel elle organiserait des fraudes massives. En un court laps de temps, les partis politiques et leurs leaders ont vite oublié tout le débat sur la composition de la Ceni. Les leaders politiques ont oublié les raisons pour lesquelles ils avaient milité pour une composition de la Ceni qui impliquerait l’opposition et la majorité. Ils ont oublié tout le débat sur l’indépendance et la neutralité des membres de la Ceni.

Bien que, jusqu’à présent, personne n’ait présenté des griefs documentés et appuyés par des preuves, la crédibilité de la Ceni est mise en cause. Il faut être aveugle pour ne pas voir venir à l’horizon une contestation de complaisance des résultats des élections sur base de prétentions personnelles et sans cause. Il ne revient pas au gouvernement de prendre le devant pour prévenir cet orage que les politiciens préparent dans la plus grande irresponsabilité.

La Ceni a compris que c’est le moment ou jamais de prendre le taureau par les cornes. C’est dans ce cadre, selon le communiqué signé par Mathieu Mpita, Rapporteur de la Ceni, cette institution organise une rencontre avec les responsables des partis politiques. Prévue le lundi 25 juillet prochain, cette rencontre revêt un caractère important pour la poursuite du processus électoral. C’est pourquoi, la Ceni pose certaines conditions quant aux délégués que les partis politiques sont appelés à déléguer. La Ceni insiste sur le nombre de délégués, soit deux par parti politique et de préférence, une femme et un homme. Compte tenu de l’importance du sujet à l’ordre du jour, la Ceni attend des partis politiques une représentation de haut niveau. Cela veut clairement dire que non seulement il faut que les partis délèguent des personnes capables d’un apport positif dans les débats, mais aussi représentant réellement leurs formations politiques au point de les engager.

La rencontre, selon le communiqué de la Ceni, aura lieu à 8 heures 30 minutes dans la salle de cinéma du Palais du peuple. Ce forum, selon toujours le communiqué de la Ceni, va se pencher sur l’état de lieu du processus électoral. Il sera à la même occasion question de discuter et d’adopter le « code de bonne conduite » des partis politiques.

En ce qui concerne l’état des lieux du processus électoral, il faut faire remarquer que le forum intervient au lendemain de la clôture officielle de l’opération de révision du fichier électoral. Il va sans dire, que les questions sur certaines irrégularités dans la réalisation de ce fichier vont revenir à la surface. C’est une occasion en or pour en parler, certes, mais, cela risque d’être une perte de temps si les partis politiques ne viennent pas à ce forum avec des faits. On attend par exemple qu’en ce qui concerne l’enrôlement des mineurs, que les partis politiques aident la Ceni en apportant la liste des mineurs en question, les numéros de leurs cartes, les lieux d’enrôlement, le bureau d’enrôlement, … Il en est de même des policiers, militaires et étrangers qui se seraient enrôlés. Car, si on en parle, c’est qu’on les connaît et on peut les dénoncer. Sans cela, il serait facile, complaisant et irresponsable d’apporter des allégations puisées dans la rumeur.

En ce qui concerne le code de bonne conduite, on s’attend à des débats houleux dans lesquels certains vont tenter de prendre leurs égarements pour des règles générales de conduite. Encore une fois, il est question pour la Ceni de démontrer que l’Etat de droit, c’est le respect des lois et des normes acceptées par tous et non une obéissance aux convenances personnelles. Pour ce faire, la Ceni a la Constitution de la République, la loi qui régit les partis politiques et surtout la loi qui régit la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Mais aussi l’expérience des pays voisins en matière électorale.

Si la Ceni va à ce forum pour attendre que les articulations de ce code de bonne conduite viennent des partis politiques, on pourra faire des mois voire des années sans jamais se mettre d’accord à ce sujet. La Ceni par contre, fera œuvre utile en amenant un code préétabli en vue d’en expliquer les articulations à ses partenaires. On ne doit pas perdre de vue le fait qu’un code de bonne conduite c’est avant tout une contrainte. Il n’est donc pas question pour les partis politiques de vouloir un code qui caresserait leur agir dans le sens des poils.

Après les partis politiques, il faudra que la Ceni pense à prendre langue également avec les responsables des rédactions des médias congolais. Car, en effet, les politiciens agissent par médias interposés. Dans beaucoup de ces médias, on assiste à tout, à un forcing qui trahit mal une certaine panique. Depuis un certain temps, on assiste à des émissions monocolores où les animateurs donnent un son monocorde. Ces émissions avaient hier pour champ d’action la musique et le sport. Depuis un certain temps, on assiste à des émissions du genre « 100% Lubindi », leader descendu du ciel et porteur de la clé de développement du Congo. Ou encore « 100% Masumbuko », l’homme qui a mis l’eau dans le coco. Ceux qui commanditent et même financent ce genre d’émissions se permettent de dire que le pays a régressé tout en le tirant davantage vers le bas.

Les responsables des médias, c’est le moment où jamais, doivent distinguer leur activité politique avec les médias dont ils sont propriétaires. Car, quel que soient leurs propriétaires, les médias répondent à une déontologie sans laquelle ils cessent d’être des médias pour devenir autre chose difficile à définir. Lorsque la manipulation et la désinformation prennent le dessus sur l’information, on verse dans « la radio de mille colline ».

Après les médias, il faudra que la Ceni prenne langue avec les agents de l’ordre. Lorsqu’un agent de l’ordre exprime dans son quartier ou dans la rue ses préférences politiques, il est facilement récupérable en perdant son indépendance. Au lieu de participer au maintient de l’ordre, mission qu’il reçoit de sa hiérarchie, tel agent exécutera plutôt les ordres de son clan politique. Il n’est pas exclu qu’un policier tire sur la foule non pas parce que sa hiérarchie l’a voulu, mais parce que son parti politique a besoin de décompte macabre pour asseoir son syndrome de martyr et trouver des arguments pour accuser le pouvoir. Enfin, puisque les partis politiques ont démissionné, il faut que la population soit formée aux enjeux électoraux, aux conséquences des dérapages électoraux. Encore une fois, l’apport des médias est attendu.

Joachim Diana G.

 

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