Goma,
le 22-12-2008
La Belgique
en attente d'un gouvernement
après
la chute de Leterme
Par Sophie LAUBIE
La Belgique attend toujours un gouvernement, trois
jours après la chute de celui de M. Leterme,
avec un scénario privilégié :
celui d'un gouvernement de transition avec les partis
de la coalition sortante, avant peut-être des
élections anticipées en juin 2009.
Depuis qu'Yves Leterme a présenté
sa démission vendredi à la suite à
d'accusations de pression sur la justice dans l'affaire
Fortis, le roi des Belges Albert II consulte les responsables
politiques du pays.
Dimanche soir, il recevait pour
la deuxième fois du week-end Marianne Thyssen,
la présidente du parti chrétien-démocrate
flamand (CD&V), le parti d'Yves Leterme. Le roi
avait auparavant reçu depuis vendredi les principaux
responsables politiques de la majorité, qui
réunit libéraux et chrétiens-démocrates
côté flamand et libéraux, socialistes
et centristes côté francophone
Une décision devrait être
prise rapidement, la plupart des responsables politiques
ayant appelé à éviter une vacance
politique dans le contexte de crise économique
que connaît la Belgique comme le reste de l'Europe.
Le chef du parti libéral
francophone belge Didier Reynders - qui a écarté
la possibilité de prendre lui-même la
tête du gouvernement en raison de l'hostilité
des socialistes - a dit "espérer"
une décision dès dimanche soir.
Le nom du nouveau Premier ministre
était en tout cas attendu avant la diffusion
du discours de fin d'année du souverain prévu
pour mercredi à la mi-journée.
Afin de mettre fin aux rumeurs d'une éventuelle
reconduction de M. Leterme, son porte-parole a affirmé
dimanche soir que le Premier ministre démissionnaire
n'était "pas candidat à sa succession
ou pour jouer un rôle dans un prochain gouvernement".
Un maintien qui semblait de toute
façon peu probable, tant la crédibilité
d'Yves Leterme est entamée.
Mais personne ne s'attend pour autant à un
remaniement en profondeur du gouvernement, car cela
demanderait de trop longues tractations.
Du coup, les noms qui revenaient
le plus souvent pour succéder à Yves
Leterme étaient ceux de deux chrétiens-démocrates
flamands comme lui, ce qui permettrait de préserver
l'équilibre actuel au sein de la majorité
: Herman Van Rompuy, le président de la Chambre
des députés, et Jean-Luc Dehaene, ex-Premier
ministre, deux vétérans de la politique
belge.
"Qui le CD&V veut voir
à la tête du gouvernement ? S'il y a
une proposition, on avancera", a estimé
M. Reynders.
Le nom de l'ex-Premier ministre libéral flamand
Guy Verhofstadt était aussi fréquemment
mentionné.
Le scénario que beaucoup
considèrent comme probable est celui de la
nomination d'un gouvernement de transition - jusqu'aux
élections régionales de juin 2009 qui
pourraient être couplées à des
législatives anticipées - reprenant
pour l'essentiel les partis de la coalition hétéroclite
sortante. A moins que le roi ne nomme un Premier ministre
jusqu'à la fin de la législature, en
2011.
"La grande question est (...)
de savoir si ce gouvernement sera un gouvernement
de transition jusqu'en juin, ou au contraire un gouvernement
de législature jusqu'en 2011, dans un agenda
économique et social déjà balisé",
explique l'analyste Pierre Vercauteren.
Yves Leterme, qui avait été
très critiqué pour sa gestion des tensions
entre néerlandophones et francophones, a chuté
paradoxalement sur un dossier qui avait redonné
un peu de crédibilité à son gouvernement
: le sauvetage du bancassureur belgo-néerlandais
Fortis, premier employeur privé de Belgique.
D'où le "Fortisgate" évoqué
dans la presse.
Sa démission a replongé
la Belgique dans les turbulences politiques dont elle
pensait être sortie jusqu'en juin prochain.
Depuis l'été 2007, le royaume a connu
une crise quasi-ininterrompue en raison des disputes
entre Flamands néerlandophones et francophones
sur l'avenir du pays, privé de gouvernement
stable pendant une période record de neuf mois.
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