NOUVELLES DE LA PROVINCE DU NORD-KIVU

Goma, le 17-03-2010       

Une anticipation subtile de l'Occident

Par Modeste MUTINGA

Dans sa livraison n° 4870 du 10 mars 2010, sous l'intitulé « ONU, USA et UE appellent aux élections en 2011 », Le Potentiel concluait en ces termes : « Il y a lieu de bien lire ces signaux, de les interpréter à bon escient et de les apprécier à juste titre pour éviter tout effet de surprise désagréable ». Le Potentiel analysait ainsi la lettre de la Communauté internationale au chef de l'Etat et qui avait tout l'air d'une pression. Comme si cette communauté internationale venait de constater un manque de « volonté politique » dans le chef des dirigeants congolais de ne pas organiser des élections en 2011.

Réagissant à cette initiative de la Communauté internationale, les ministres des Affaires étrangères et de la Communication et Médias ont, tour à tour, dénoncé cette attitude peu diplomatique, moins élégante avant de réaffirmer la détermination du gouvernement à organiser bel et bien les élections en 2011. Pas plus tard, dans une interview accordée au Journal Le Soft, le président a coupé court à toute spéculation : « les élections libres, transparentes et démocratiques doivent avoir lieu. Le Congo ne saurait se trouver devant un problème de légitimité ».

Malheureusement, la lettre de la Communauté internationale autour des élections 2011 n'était que l'autre face de l'iceberg. Le Potentiel, toujours avec ses analyses pertinentes, venait de flairer quelque chose. C'est ainsi que dans l'édition suivante, sous l'intitulé « Nouvel ordre mondial – RDC, Afghanistan : deux zones névralgiques », ce journal écrivait textuellement ceci : « Mais au-delà (Ndlr, lettre de la communauté internationale), il y a une approche importante dans la quête d'un nouvel ordre mondial, de la nouvelle géostratégie sur le plan mondial. Compte tenu de leur position géopolitique, la République démocratique du Congo, en ce qui concerne l'Afrique, et l'Afghanistan, pour la partie Asie, sont désormais les « zones névralgiques », au goût du pétrole et du coltan. Les vainqueurs d'hier se livrent actuellement une guerre pour avoir la mainmise sur ces deux zones. Question de contrer déjà les pays émergents, notamment la Chine ».

La déduction n'est pas du tout difficile à faire. Bien avant cette lettre d'intention, alors que le Club de Paris « conditionne » l'effacement de la dette de plus d'1 milliard de dollars, la mission d'évaluation du FMI qui venait de débarquer à Kinshasa, mettait un accent particulier sur le « climat des affaires ». Investigation menée, cette déclaration ne tombait pas de nues, mais a un rapport avec le dossier Kingamyambo Musonoi Tailling, Sarl, KMT. Société minière au Katanga qui a été scellée mais dont les dirigeants ont obtenu l'arbitrage international. Cette entreprise, force est de le rappeler, a bénéficié d'un crédit auprès de la Société financière internationale, SFI, branche financière de la Banque mondiale. Devant cette décision des autorités congolaises, la Banque mondiale a décidé de geler ses interventions en RDC.

Par « climat des affaires », il faut entendre que les institutions de Bretton Woods n'acceptent plus ce genre de comportement de la part de la RDC de résilier unilatéralement des contrats. Et si cela n'a pas été dit à haute voix, dans les coulisses, le dossier KMT pourrait être un obstacle pour empêcher la RDC d'atteindre le point d'achèvement.

Comme si cela ne suffisait, les Etats-Unis, par la bouche de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, accuse la RDC, le Nigeria et le Soudan de ne pas respecter les droits de l'homme. A Genève, au Haut Commissariat de Nations Unies pour les droits de l'homme, la RDC a été de nouveau au banc des accusés. Le rapport insiste sur les atrocités commises en RDC et que le gouvernement n'a pris aucune disposition pour protéger les populations civiles. Bien plus, les FARDC sont épinglées dans des cas d'exactions contre la population et il leur est reproché de continuer à enrôler des enfants soldats.

Des accusations graves qui peuvent conduire à des sanctions diplomatiques et économiques. Qui plus est, empêcher la RDC à atteindre le point d'achèvement pour ne pas accéder au programme PPTE afin de ne pas bénéficier de la réduction de sa dette.

La pression, plutôt la menace, est désormais là. Les signaux forts sont perceptibles. Il n'est pas question de se faire d'illusion, ni de surdité et de cécité politiques.

Certes, les dirigeants congolais viennent d'affirmer le caractère inaliénable de la souveraineté nationale, insister sur leur détermination à organiser les élections générales en 2011. Mais il importe de pousser plus loin la réflexion dans le but de mieux interpréter cette menace.

Il est un fait indéniable que les Occidentaux n'acceptent pas du tout que la Chine se promène allègrement sur leurs plates-bandes. L'affrontement est là et le bloc occidental n'est pas prêt à se laisser damer le pion « africain ». Le Potentiel avait eu le réflexe de faire allusion autour de certaines indiscrétions sur le « Groupe BILDERBERG » qui travaille pour le compte de l'OTAN. Ce groupe protège les intérêts économiques des pays membres de cette organisation. Il épie le moindre mouvement de la RDC. C'est dans ce contexte que le contrat chinois » a été attaqué par les « Fonds vautours » dans le dossier SNEL et Gecamines.

ll y a également le « Projet NABUCCO », mis en place uniquement pour l'Afrique centrale, avec comme point focal la RDC. Il s'agit de contrôler le réseau commercial des richesses de l'Afrique des Grands Lacs et particulièrement celles de la RDC. Car, quiconque contrôle cette partie de l'Afrique peut facilement arriver aux portes de l'Europe en passant par le Soudan et le Canal de Suez. En ce qui concerne le Soudan, la Chine y est présente pour avoir trouvé du pétrole.

Mais le Japon se manifeste déjà. Le patron de Toyota-Tsusho Africa, Takashi Hattori, avec la bénédiction des autorités nippones, s'implante dans le Sud - Soudan qui pourrait accéder bientôt à l'indépendance. Il a l'intention de construire un oléoduc reliant les gisements de la région autonome du Sud - Soudan au port kenyan de Lamu pour protéger ses importations du pétrole.

Or, les Occidentaux se préparent également à construire un réseau d'oléoducs qui partira des côtes somaliennes jusqu'en RDC en passant par le Soudan, le Tchad, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Kenya et la Tanzanie.

Comme on peut facilement le constater, les enjeux sont très importants. Ils ne sont plus seulement autour du coltan et du pétrole, mais également autour de l'eau. Pour preuve, on parle déjà de la pénurie d'eau au Maghreb, particulièrement en Algérie. Et qu'un Américain consomme aujourd'hui 1.700 m3 par an contre un Magrébin avec 500 m3. A ce sujet, une réunion est prévue à Barcelone, en Espagne, le 13 avril prochain pour s'appesantir sur l'EAU.

L'on conviendra avec moi que ces menaces ne sont pas du tout à prendre à la légère. Il faut creuser pour mieux comprendre les desseins de l'Occident afin de dégager de nouvelles stratégies de coopération et de mobilisation des énergies populaires.

Ce n'est plus seulement la Chine qui inquiète le bloc occidental, le rapprochement de la RDC avec l'Iran et les rumeurs autour de la présence des Hezbollah en RDC déguisés en hommes d'affaires, irrite davantage Washington. Sinon on ne comprendrait pas facilement le changement de ton de la secrétaire d'Etat américaine alors qu'elle venait de plaider pour la mise en place d'un tribunal pénal international pour la RDC. Surtout encore que ce rapprochement se produit au moment où toute la communauté internationale a levé des options pour des sanctions économiques contre l'Iran. Moment choisi par la RDC d'établir des rapports commerciaux avec Téhéran. Or, l'Iran est considéré comme le berceau du terrorisme et que les Hezbollah sont sur la liste noire des organisations terroristes. Un tel rapprochement est très mal vu dans les capitales occidentales. Une fois de plus, une réflexion s'impose pour mieux comprendre ces différents signaux.

Au demeurant, la souveraineté est un joli mot. Mais le pragmatisme est un concept d'actualité et de bonne gouvernance qui inspire de nouvelles politiques de coopération et de développement. Il facilite le réajustement des stratégies, et par conséquent, il revient à toutes les institutions nationales, particulièrement au gouvernement, de traduire dans les actes la volonté politique du chef de l'Etat et les aspirations profondes du peuple congolais.

L'heure a effectivement sonné pour briser les chaînes de l'immobilisme, de quitter les sentiers battus, tortueux et sinueux de la culture de l'auto-satisfaction.

Cela est d'autant plus vrai que toutes ces réactions des partenaires occidentaux ne sont encore que des menaces que j'observe ces derniers temps, des signaux forts d'une anticipation subtile de déstabilisation. Comme s'il existait déjà un agenda caché contre la RDC et son chef de l'Etat. Vigilence.

(*) Sénateur

 

La Rédaction

www.provincenordkivu.org

Programme du Gouvernement
Le Nyiragongo
Le Nyamulagira
Parc National des Viirunga

 


 
  © 2008 Province du Nord-Kivu |All Rights Reserved | Terms & Conditions |Contact