Goma,
le 09-01-2009
DISSIDENCE
DANS LA REBELLION CONGOLAISE :
Une équation
aux multiples inconnues
Si l’information se confirme,
la situation dans la région des Grands Lacs
risque de connaître une nouvelle donne d’importance.
Le chef rebelle Laurent Nkunda aurait été
écarté de la direction du mouvement
par ses propres combattants. D’anciens alliés
du général lui auraient ravi le pouvoir.
Un groupe d’officiers du CNDP a affirmé
avoir démis de ses fonctions Laurent Nkunda
pour "mauvaise gouvernance" et mauvais "leadership".
Le communiqué porte la signature du chef d’Etat-major
du CNDP, Bosco Ntaganda et du porte-parole de ce groupe
d’officiers, Désiré Kamanzi. Peu
après, un proche collaborateur de Nkunda affirmait
que ce dernier était "toujours le chairman"
mais n’indique rien de plus. Une situation pour
le moins peu claire. Mais une chose est sûre,
il y a du rififi du côté de la rébellion
de Laurent Nkunda. Pareille nouvelle n’est pas
à négliger.
Au contraire, elle mérite
qu’on s’y penche, tant elle est d’importance
pour la paix en RDC et au-delà, pour toute
la région. Plusieurs hypothèses pourraient
expliquer la tentative de mise à l’écart
du "chef" Nkunda. L’homme, et c’est
un secret de polichinelle, a un parrain puissant,
qui se révèle être à la
fois son protecteur et son mentor : Paul Kagamé,
qui l’a formé et éduqué
à tous points de vue. Or le président
rwandais est lui-même de parrainage américain.
Un nouveau regard de Washington sur ce qui se passe
dans la région peut conduire à une nouvelle
attitude de Kagamé et se traduire par un lâchage
du filleul Nkunda par son parrain.
La méthode est purement américaine,
et L’Oncle Sam l’a expérimentée
à maintes occasions de par le passé.
Une autre hypothèse est celle de la manifestation
d’un véritable ras-le-bol exprimé
par des lieutenants excédés tant par
le tempérament excessif d’un chef impitoyable
que par la longueur d’une guerre qui ne les
honore pas et finit par les révolter.
Ils auront alors décidé
de changer de chef et peut-être de cap. Une
autre possibilité serait qu’il s’agirait
d’un subterfuge savamment ourdi par Laurent
Nkunda lui-même qui, pour échapper aux
foudres de la CPI, fomente un pseudo-"décagnotage"
de sa propre personne à la tête de son
propre mouvement. Mais l’hypothèse la
plus plausible est peut-être celle du travail
de sape qu’aurait organisé le régime
de Kabila, qui aurait infiltré le mouvement
de Nkunda, l’aurait soudoyé pour le saborder
dans le but de l’affaiblir pour mieux l’abattre.
Quelle que soit l’hypothèse retenue,
une dissidence au sein du CNDP porte à n’en
point douter un sérieux coup à l’image
de sérénité affichée jusque-là
par Laurent Nkunda.
Les jours à venir situeront
davantage sur les uns et les autres car les actes
futurs des nouveaux dissidents feront sans doute découvrir
un peu plus leur identité, leurs ambitions
et éventuellement leurs alliés ou commanditaires.
Mais là aussi, plusieurs hypothèses
seraient à envisager. A supposer que cette
dissidence résulte d’une habile manoeuvre
de Nkunda dans le but de se faire oublier par la CPI,
nul doute que le mouvement continuera sur son ancienne
lancée, avec ses anciennes méthodes
et ses traditionnelles exigences. De nouvelles difficultés
en perspective pour le président Joseph Kabila.
Mais à supposer que ce soit Kagamé qui,
pressé par Washington, lâche son filleul
Nkunda.
La rébellion pourrait alors
tendre vers une progressive modération. Un
bon point peut-être pour le règlement
à plus ou moins long terme du conflit avec
Kinshasa. La plus mauvaise des hypothèses serait
que la mésentente à l’intérieur
du CND donne naissance à deux tendances, toutes
deux ayant la même visée -abattre le
régime de Kabila- mais ne s’accordant
pas quant à la voie à suivre. Un tel
scénario compliquerait sérieusement
la tâche du président congolais qui ne
saurait plus avec qui engager (ou poursuivre) les
pourparlers. Si déjà Kinshasa peine
à résister aux assauts d’un CNDP
unique, qu’en serait-il si d’aventure
ce mouvement devait se scinder en deux ?
On l’aura compris, cette division
au sein du mouvement rebelle apporte avec elle une
nouvelle donne qui peut conduire à un règlement
prochain d’un des plus vieux conflits sur le
continent, mais qui, malheureusement aussi, peut susciter
une aggravation de la situation actuelle déjà
difficile. Et on se demande quelle sera l’attitude
du principal intéressé lui-même.
Nkunda ne s’est pas encore prononcé sur
ce qui lui arrive, mais nul doute que ce rebelle endurci
ne se laissera pas conduire à l’abattoir
avec la docilité d’un agneau de sacrifice.
De ce qu’il dira et fera peut dépendre,
en bien ou en mal l’avenir du conflit dans la
région, et de cela il en est certainement bien
conscient. Tout le mystère réside dans
ce qu’il mijote dans sa tête pour lui-même,
pour le CNDP et pour la région des Grands Lacs.
Voilà donc une donne qui constitue
une nouvelle équation pour Kabila et son gouvernement,
la République démocratique du Congo
et l’ensemble des pays de cette zone du continent.
Elle comporte des paramètres à ce jour
inconnus. Et selon qu’ils basculent dans un
sens ou dans l’autre, Kinshasa et nombre de
ses voisins pourraient s’en frotter les mains
ou au contraire, craindre des lendemains incertains.
A moins que les dieux décident de faire enfin
poindre une lueur de paix, lassés eux aussi
de tant et tant d’années d’une
guerre aussi dévastatrice qu’inutile
qui aura cependant infligé soufrances et tourments
plus que de raison. La RDC ne souhaite pas meilleur
cadeau pour 2009.
"Le Pays"
09.01.2009 Fasozine |