Goma, le 11-01-2011
Révision de l'art. 71, l’AMP compte ses troupes
Cérémonie d’échange de vœux lundi 10 janvier à Kingakati. Les enjeux sont trop énormes que le camp présidentiel se soucie de sa bonne communication.
Ils étaient sans doute 400 invités du Président de la République. Chefs de partis politiques membres du Comité Politique de l’AMP, Membres du Comité Politique, Députés, Sénateurs. Arrivés pour certains dès 8 heures à Kingakati, ils ont pris congé du Chef de l’État à 18 h 30’.
Faisons profil bas! Si l’AMP, l’Alliance de la Majorité Présidentielle, a bien présenté son problème, l’a-t-elle mieux expliqué?
Depuis le début de la législature en cours c’est la deuxième fois que Joseph Kabila Kabange faisait venir les siens pour leur expliquer lui-même LE problème. La première fois ce fut à Goma alors que la crise Kamerhe (du nom de l’ex-président de l’Assemblée nationale) faisait rage. Il semble que pour la deuxième fois, à nouveau, le Chef de l’État ait mieux réussi son oral que quiconque.
Comme de petits soldats, Députés et Sénateurs de l’AMP ont donc juré de faire bloc derrière leur Commandant en chef. Ils vont aller au combat aguerris, après avoir écouté la leçon.
C’EST DANS LA DÉMOCRATIE OU DANS LE DÉVELOPPEMENT QU’IL FAUT-IL METTRE DE L’ARGENT?
C’est la deuxième fois que je voyais le Chef de l’Etat dans une situation de crise aiguë - lundi 10 janvier à Kingakati, banlieue est de la Capitale, sur les terres du Bandundu, j’ai eu le privilège - le bonheur - avec deux ou trois autres personnalités, de rencontrer le Président de la République deux fois en une journée... Les rencontres étaient en effet éclatées.
Après les vœux présentés au nom de la famille par le secrétaire exécutif faisant fonction Louis-Léonce Koyagialo Te Genrengbo, après les vœux du Chef de l’État suivis d’une chaude poignée de main donnée à chacun des 400 invités - Chefs de partis politiques membres du Comité Politique de l’AMP, Membres du Comité Politique, Députés et Sénateurs - ce furent les séries d’audiences collectives. De la bouche même du Chef de l’État, les parlementaires ont appris comment le pays se portait et où cela allait mal. Au Bas-Congo précisément, la situation a donc failli décliner. 75 compatriotes dont une bonne moitié des ex-FAZ mobutistes recrutés dans un pays voisin par l’ancien général Faustin Munene projetaient l’attaque des localités de la province: Tshela, Boma, la centrale électrique de Inga...
S’ils avaient réussi le coup de feu, ils ne se seraient pas arrêtés en si bon chemin. Ils auraient progressé. Vers où? Suivez mon regard...
Mais des habitants du village de Maduda sont des héros: ils ont tôt fait de neutraliser le groupe. Aujourd’hui, désarmés, ces hommes sont détenus à la prison de Matadi.
Morale de l’histoire? Le pays est loin d’avoir mis fin à ses vieux démons...
Qu’avons-nous appris au cours de ces leçons publiques? Sans doute un certain cours de civisme. Voyons donc! L’Angola qui affiche un budget annuel de 40 milliards de dollars (quand la R-dC n’en a que 5) a dépensé pour ses élections 100 millions de dollars! La Tanzanie a dépensé 68 millions de dollars. L’Afrique du Sud - la première économie du Continent -, il lui en a fallu 128 millions de dollars. Combien donc en faut-il à la R-dC? 715 millions de dollars US! Il y a certainement un problème...
On peut toujours se satisfaire et dire que la R-dC est «le pays le plus puissant du Continent». Vous rigolez! Il semble qu’aucun gouvernement - dans ce pays, en 2011 ou en 2016 - ne saura jamais réunir une telle somme que réclame aujourd’hui même, hic et nunc, notre bonne CÉI, faute de quoi elle va tout arrêter! Et déjà, les opérations de révision du fichier électoral posent problème...
En 2006, les scrutins ont coûté 546 millions de dollars mais payés exclusivement par l’extérieur lors du régime 1+4. Aujourd’hui, il ne se trouve aucun pays dans le monde pour nous promettre quoi que ce soit. La raison est connue: la crise économique à laquelle le monde entier fait face. La CÉI a-t-elle gonflé la note? Là est une autre histoire. Mais il est grand temps que le débat soit lancé. La Chambre basse a promis de le lancer. Non dans la rue, non dans les médias mais dans l’hémicycle, face au pays. Les médias ne rayonnant pas partout dans le pays, il va falloir que les parlementaires se chargent eux-mêmes de porter l’explication auprès du peuple souverain.
Les parlementaires - avec les explications du Chef de l’État - ont tous compris que tout est communication. Le clergé catholique? Il ignore certainement la situation. Il ne chercherait qu’à comprendre. L’opinion c’est plus important que quiconque. La Présidentielle à un tour? C’est une question de principe, c’est un débat de société. Si l’on accuse l’AMP de vouloir chercher à tripatouiller, l’opposition a déjà fait savoir - et elle a raison - qu’un seul tour pourrait aussi mieux la favoriser. En faisant gagner son candidat! Alors, qui a peur de quoi?
La main sur le cœur, Kabila lance: «si demain quelqu’un me signe un chèque de 715 millions de dollars, alors, nous allons aux élections dans les deux tours. Mais qu’on ne vous berne pas: personne ne nous donnera cet argent. Ils nous l’ont déjà fait savoir. Ils? C’est la communauté internationale! Au contraire, des méchants attendent de nous voir aller au terme de la législature sans avoir réussi à organiser dans le délai constitutionnel les scrutins et attendent de nous voir plonger dans notre cycle récurent d’illégitimité, de gouvernement d’union nationale, de crise, de période d’instabilité, de chaos...».
En 2007, Kinshasa avait voulu faire valoir sa souveraineté en promettant de prendre en charge 60% de la dépense et de laisser 40% en charge des partenaires traditionnels. Or, voilà que les États-Unis d’Amérique annoncent des coupes sombres de 700 milliards dans leur budget de l’armée, que la Grèce est en crise, que l’Europe souffre des mêmes maux, que les débats sur la monnaie deviennent soudain prioritaires. Aujourd’hui, on ne saurait attendre de nulle part 20 millions de dollars...
Si le gouvernement a pu réussir un exploit c’est d’avoir débloqué 120 millions de dollars. L’extérieur n’a su disponibiliser que 80 millions de dollar en location d’hélicoptères et autres, jamais en argent liquide! On pourrait penser à la Chine mais Pékin dit n’avoir jamais financé des élections nulle part au monde et elle ne commencera pas en R-dC! A quelque chose malheur est bon: le temps n’est-il pas arrivé de redimensionner notre démocratie, de revoir notre système électoral, en le mettant au niveau de nos capacités? Certes, l’opposition a beau jeu de s’opposer.
A la majorité de poser des actes impartiaux et qui durent. Des actes qui vont dans le sens de l’intérêt général. Et cet intérêt n’est certainement dans des gaspillages mais dans l’investissement dans des projets de développement. La majorité a juré d’engager le débat allant à la révision de l’art. 71 de la Constitution dès mardi 11 janvier à la Chambre basse.
Reçu à Kingakati, le président du Sénat Léon Kengo wa Dondo a promis de réaménager en conférences des présidents, le calendrier de la Chambre haute. Gonflés comme un bloc, la majorité a juré de mieux expliquer les enjeux, et de s’assumer en tant que majorité. Avant la fin de la semaine, on verra la fumée sortir du Palais du Peuple. De couleur blanche pour sûr...
KKM.
lesoftonline.net 11/01/2011
La Redaction
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