Goma,
le 06-01-2009
Cinquantième
anniversaire de l’insurrection de
l’indépendance
le 4 janvier 1959 : une commémoration
dans la méditation
!
L’anniversaire, un demi siècle déjà
après, de l’insurrection de l’indépendance
de la RDC, bien que célébré dans
la méditation comme devenu de coutume, sans
programme officiel percutant, a tout de même
permis aux Congolais de se remémorer la geste
héroïque des bâtisseurs de la libération
du joug colonial belge
4 janvier 1959 – 4 janvier
2009. Il y a 50 ans, l’Abako faisait trembler
le colonisateur, les événements et les
acteurs qui ont ouvert la route de l’indépendance
complètement banalisée. Aucune commémoration
officielle n’a été prévue.
La nature s’est donné
une peine tout à fait inutile en faisant tomber
le 50ème anniversaire des événements
du 4 janvier 1959 Un dimanche. Comme il y a 50 ans
quand, les militants de l’Abako, l’Alliance
des Bakongo, mécontents de n’avoir pas
pu entendre leur leader, le président général
Joseph Kasa-Vubu, à l’occasion d’un
meeting organisé à la place IMCA, dans
la commune de Renkin, mais saboté par l’administration
coloniale, s’en prirent aux forces de la police
venues les encadrer et déclenchèrent
des émeutes émaillées de violences
et de pillages.
Ces émeutes qui durèrent
trois jours et qui ne furent maîtrisées
que grâce à l’intervention de la
Force publique, c’est-à-dire l’armée
de la colonie, à la suite de l’incapacité
de la police et de l’administration de ramener
l’ordre dans une colonie vantée pour
être une colonie modèle sans histoire
devait avoir une influence considérable sur
la vie de la colonie et spécialement sur ses
rapports avec la métropole. Pour faire court,
on peut affirmer sans risque de se tromper qu’il
n’y aurait jamais eu de 30 juin 1960 sans le
4 janvier 1959. Et peut être même que
Joseph Kasa-Vubu ne serait jamais devenu le premier
président du jeune Etat qui devait accéder
à la souveraineté internationale dix
ou 30 ans plus tard selon le schéma concocté
par Bruxelles et où des partis jugés
extrémistes” comme l’Abako ne pouvait
espérer avoir une place. Un pays comme la RDC
avec toutes les agressions qu’il a subies surtout
depuis dix ans puisqu’une nouvelle est en cours
dans le Kivu ne devrait jamais négliger ou
laisser passer un événement dont l’évocation
devrait consolider la conscience et la cohésion
nationale.
Or, contre toute attente, aucune
cérémonie officielle n’est prévue
ni côté gouvernement central, ni côté
gouvernement provincial de Kinshasa. Le Bas Congo
qui constitua la base arrière de ce mouvement
de libération nationale que fut incontestablement
l’Abako a aussi choisi de se joindre à
ce curieux mouvement de banalisation des événe¬ments
du 4 janvier 1959 et des acteurs qui sont à
leur base.
Mise à l’écart
Ce faisant, les autori¬tés
congolaises ont curieusement rejoint la ligne de conduite
des autorités coloniales belges puis, plus
tard le régime de Mobutu s’était
donné vis- à- vis de l’Abako et
des Bakongo en général. Pour les Belges,
les Bakongo étaient de dangereux agitateurs,
nostalgiques du Royaume Kongo et adeptes inconditionnels
de Simon Kimbangu.
Aussi était-il nécessaire
de les empêcher de développer leur leadership
dans la conduite des affaires. Avec l’éveil
de la conscience nationale, les autorités coloniales
avaient créé des associations complètement
contrôlées par elles et à la tête
desquelles elles avaient placé des hommes tout
à fait soumis à elles. Il s’agit
principalement des associations des anciens élèves
comme l’Assanef - l’association des anciens
des frères des écoles chrétiennes
qui fournissait l’essentiel des bataillons de
l’administration coloniale, de l’Adapes
- Adacirn - association des anciens des Pères
de Scheut et des Soeurs de Marie - très présentes
dans l’enseignement, etc. L’Abako avait
été créée avec la bénédiction
des Jésuites et pour regrouper les Bakongo.
Et pour mieux les contrôler en lui assignant
comme mission « l’unification de la langue
kikongo ».
Des administrateurs coloniaux siégeaient
au comité central. Cela n’empêcha
pas à l’Abako de prendre une orientation
politique et radicale, particulièrement dès
1956 avec l’arrivée de Kasa-Vubu à
la présidence de l’association.
Droit du premier occupant
Depuis plus de 10 ans et s’appuyant
sur les enseignements mêmes de l’Eglise
catholique, Joseph Kasa-Vubu combattait ouvertement
le bien fondé même de la colonisation
et les injustices que ne cessaient de combattre l’administration
coloniale et les missionnaires.
Lorsque l’Afrique fut dépecée
à la Conférence de Berlin de 1885, personne
n’avait jugé bon de consulter les populations
concer¬nées. Celles-ci n’ont pas
pour autant perdu leur droit à l’autodétermination,
avait-il notamment écrit aux puis¬sances
de la Conférence de Berlin pour justifier la
lutte de l’Abako pour l’indépendance
Berlin pour justifier la lutte de l’Abako pour
l’indépendance du Congo belge. D’où
évi¬demment la haine de l’administration
coloniale contre l’association.
Les émeutes version
administration coloniale
Au lendemain des émeutes du
4 janvier, les autorités coloniales belges
avaient choisi comme stratégie de contre- attaque
d’accabler l’Abako, de la présente
comme une association irresponsable et incapable d’encadrer
ses militants qui se sont finalement déborder
par des supporters d’un club de football qui
sortaient du stade, mécontents d’avoir
perdu une rencontre qu’ils devaient gagner !
Ces théo¬ries qu’on entend encore
aujourd’hui sont des pures inventions. A commencer
par l’affaire des supporters.
Selon l’administration coloniale,
ce sont ces sup¬porters plus que les militants
qui seraient responsables des casses dont se glorifiait
l’Abako. Selon M.Tshobo Faustin, qui en tant
que cadre de la Jeunesse de l’Abako, la Jabako,
qui en ce dimanche du 4 janvier était responsable
du protocole et de la sécurité du meeting
de l’YMCA, la rencontre n’avait duré
que quelques minutes. Kasa-Vubu n’a même
pas parlé et la foule s’est dispersée
aux cris de « Kasa-Vubu Roi ». Il devait
être 15 h 30’ passé. Puis, il y
a eu l’inci¬dent de ce zélé
et imprudent commissaire de police blanc qui avait
cru bien faire en tirant un coup de feu en l’air
avec son revolver de service. Question de signaler
sa présence et d’intimider les militants
de l’Abako. Le commissaire de police sera à
tabac et sa jeep incendiée. Un deuxième
véhicule de police subira le même sort
à la place Victoire.
La foule des militants en colère
se dirigera par la suite dans la commune de Kinshasa
où ils mirent à sac la paroisse St Pierre-
sans doute parce qu’elle était dirigée
par l’abbé Malula. Il devait être
environ 17 h 00’, soutient Faustin Tshobo et
les supporters ne sortiront du stade que 30 minutes
plus tard au moment où les militants de l’Abako
affrontaient déjà la police coloniale.
Selon lui, il est vraisemblable que les supporters
soient responsables du pillage des magasins grecs
et portugais du quartier Foncobel.
Concernant ensuite l’histoire
de ce fameux meeting interdit par l’administration
tenu par l’Abako, il convient de rétablir
la vérité. Selon toujours Tshobo qui
affirme avoir eu entre ses mains la lettre de l’Administrateur
des Affaires indigènes en réponse à
la demande introduite par l’Abako pour tenir
ce meeting, il n’y a jamais été
question d’interdire ce meeting. Celui-ci était
au contraire autorisé, mais l’administration
rappelait dans sa réponse que conformément
à la loi l’organisateur reste personnellement
responsable de tout ce qui pouvait se produire durant
la rencontre, avant, pendant et après.
Le ras-le-bol de l’Abako
La lettre de l’administrateur ne parviendra
au siège de l’Abako que samedi soir.
Trop tard pour prévenir les militants qui avaient
déjà été informés
de l’interdiction du meeting de l’YMCA.
Ce comportement de l’administration coloniale
ne pouvait pas faire plaisir aux militants de l’Abako
qui en avaient ras le bol.
La liste des incidents avec l’Abako
était déjà longue. Outre le sabotage
sournois entretenu depuis des années contre
les Bakongo, l’Abako et Joseph KasaVubu, l’administration
coloniale au lendemain des élections communales
de 1957 remportées haut la main dans Léopoldville
par l’Abako, n’avait pas caché
son mécontentement en infligeant « Joseph
Kasa-Vubu élu bourgmestre de Dendale, une sanction
de suspension pour avoir déclaré dans
son discours d’installation que les Congolais
avaient encore besoin d’encore plus de démocratie.
L’administration coloniale
avait signé un autre acte d’hostilité
contre l’Abako en refusant de remettre «
Joseph Kasa-Vubu l’invitation que Kwame N’Krumah
lui avait envoyée pour participer à
la Conférence d’Accra. Invitation remise
finalement à Patrice Lumumba, mieux côté
à Bruxelles et courtisé par les libéraux
qui étaient d’ailleurs pour lui trouver
un emploi chez un des leurs » Kinshasa, en l’occurrence
M. Relecom de Unimba.
Enfin, l’Abako supportait de
moins le manque de clarté de la politique coloniale
belge où foisonnait les plans les plus divers
pour l’émancipation du Congo. De Van
Bilsen à la prochaine déclaration gouvernementale,
l’Abako estimait que tout cela n’était
fait que pour gagner du temps.
(DN/Ern./GW/Yes)
La Cité Africain
Last edited: 05/01/2009 19:03:31
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