Goma, le 29-10-2009
Ephémérides : Semaine du 27 octobre au 2 novembre 2008 : un nouveau désastre humanitaire et sécuritaire a eu lieu dans le Nord Kivu : CNDP à la porte de la ville de GOMA
 RESUME : En RDC, un nouveau désastre humanitaire et sécuritaire a eu lieu dans le Nord Kivu : il a été initié le 26 octobre par la reprise du camp militaire de Rumangabo par les troupes de Laurent Nkunda, justifiée selon son mouvement comme une réponse à des attaques des FARDC-FDLR contre ses positions en violation du programme AMANI. Appuyée peut-être par quelques centaines de soldats burundais l'offensive de Laurent Nkunda qui s'est accompagnée d'une attaque contre un convoi de la MONUC s'est ensuite poursuivie tout le long de l'axe Rutshuru-Goma avec l'appui de deux bataillons de l'armée rwandaise selon le gouvernement congolais. Dans le même temps, une violente manifestation contre la MONUC se déroulait à Goma et a fait un mort). Le 28, Rutshuru était menacée par le CNDP et les populations commençaient à fuir en direction du nord vers l'Ouganda et Butembo et en direction du sud vers Goma, tandis que la MONUC y évacuait 50 travailleurs humanitaires. Le même jour, il apparaissait que le CNDP s'approchait inexorablement de Goma, très vite paralysée, tandis que la MONUC tentait de disperser avec ses deux hélicoptères de combat les troupes de Laurent Nkunda. On apprenait aussi que le coordinateur adjoint du programme AMANI démissionnait en invoquant l'échec flagrant du programme AMANI et en mettant en cause son « patron », l'abbé Malu Malu.
Le jour suivant, des combats à l'arme lourde avait lieu à 30km de Goma et les hélicoptères de combat de la MONUC continuaient à s'efforcer de repousser les troupes de Nkunda, tandis que l'agglomération de Rutshuru était abandonnée par les FARDC. De son côté, le CNDP annonçait qu'il entendait conquérir Goma « d'ici un jour ou deux », ce qui entraîna le début de la fuite des populations de cette ville, puis son abandon par une partie des FARDC. Malgré un appel du commandant de la région militaire, le général Mayala, les troupes restantes, en débandade, se livrèrent aux pillages et aux viols : neuf civils trouvèrent la mort à cette occasion. Le même jour, le CNDP, se trouvant à la porte de Goma et accusé par la MONUC d'attaquer les humanitaires, les casques bleus et les installations de la MONUC, proposait un appel au cessez-le-feu. L'inquiétude gagnait aussi Bukavu où le gouverneur appelait au calme et affirmait qu'aucune infiltration n'était à craindre.
Le 30, un calme précaire revenait à Goma, où le personnel de l'ONU était cloîtré chez lui ou dans ses bureaux et où plusieurs organisations humanitaires suspendaient leurs opérations. Omniprésents dans les médias européens, Laurent Nkunda, qui assurait que la MONUC ne l'empêcherait pas de s'emparer de Goma, annonçait qu'il ouvrirait des « couloirs humanitaires pour permettre aux déplacés de rentrer chez eux et prônait une médiation belge (et non pas française) pour solutionner la crise congolaise. Nkunda réitérait ses accusations contre l'armée nationale qui le combattait avec les combattants du FDLR, assertion démentie par le président du mouvement réfugié en Allemagne. Les troupes du CNDP étaient aussi accusées d'empêcher des familles de déplacés près de Rutshuru de regagner leurs abris en y mettant le feu . De son côté, la MONUC se déclarait impuissante à gérer la situation en affirmant être « à la limite de ses capacités » avec seulement 850 hommes présents à Goma tandis que le HCR accusait les FARDC de pillages, viols et meurtres et le CNDP d'attaque contre une clinique. À Rutshuru, désormais capturée par le CNDP, les rebelles fêtaient leur victoire et en appelaient à la reprise des actions humanitaires, face à une population méfiante qui parle d'une « occupation étrangère » .
Face à ce désastre, le gouvernement congolais, nouvellement constitué (54 membres dont 16 nouveaux-venus) et qui a présenté un programme de continuité devant le Parlement, mais dont l'efficacité est mise en doute par l'opposition, dénonçait par la voix du nouveau ministre de la Reconstruction l'agression du Rwanda par CNDP interposé. À la présidence, une réunion « inter-institionnelle », réunie par le président et rassemblant entre autres les ambassadeurs et les autorités de la MONUC, débattait des capacités de la MONUC et de l'intervention possible d'une opération européenne. À l'Assemblée nationale, les députés du Nord Kivu exigeaient une requalification du programme AMANI. Le même jour, le président de l'assemblée, condamnant le Rwanda, déplorait l'insuffisance du mandat onusien et reparlait de sa proposition de recourir à une opération européenne de type ARTEMIS. Le lendemain toutefois, le même président faisait adopter par l'assemblée une proposition où il était entre autres question d'une négociation avec tous les groupes armés à Addis-Abeba, ce qui revenait à enterrer un partie du programme AMANI.
Pendant ce temps, la « communauté internationale », décontenancée par les évolutions, se montra hésitante et velléitaire sur la conduite à tenir. Du côté onusien, le commandant en chef de la MONUC démissionna sans explication probante : l'absence de moyens pour affronter la crise était de toute évidence à la base de cette décision. D'autant plus que le Conseil de Sécurité, se réunissant en urgence à deux reprises se contenta, de marquer sa préoccupation puis de condamner le CNDP, mais sans prendre aucune décision. En fin de semaine, Alan Doss n'ayant obtenu aucun renfort, se rallia à l'idée de plaider pour des « efforts diplomatiques ». En Europe, les premières réactions vinrent du Commissaire européen, Louis Michel, qui décida de se rendre à Kinshasa pour une visite d'urgence tandis que son fils, ministre belge de la Coopération, demandait que la crise congolaise soit mise à l'agenda du prochain conseil européen. Par ailleurs, le gouvernement belge et en particulier le ministre belge des Affaires Etrangères, changeant brusquement de cap, déclara vouloir envisager l'envoi d'une force de paix européenne, s'alignant ainsi sur la position française . En fin de semaine, on apprenait que les relations belgo-congolaises allaient sans doute se « réchauffer » du fait d'un coup de téléphone échangé entre le président Kabila et le Premier ministre belge.
Du côté américain, un émissaire spécial était dépêché dans la région, tandis que la sous-secrétaire d'Etat aux Affaires africaines, affirmant que l'armée rwandaise n'était pas intervenue au Kivu mais que « le territoire rwandais était sans doute utilisé pour soutenir le CNDP », exigeait de Laurent Nkunda qu'il n'entre pas à Goma. Par la suite, les Etats-Unis demandèrent que les gouvernements congolais et rwandais travaillent ensemble pour faire pression sur Nkunda et encouragèrent les autres pays à envoyer des renforts à la MONUC tout en précisant qu'ils n'y participeraient pas.
Du côté européen, le Haut Représentant de la politique et de défense, Javier Solana, appelant Nkunda à la « retenue », accordait la priorité à une solution diplomatique. Par ailleurs, à l'issue de ses voyages au Rwanda et en RDC, Louis Michel ne croyait pas non plus en une solution militaire et proposait un nouvel accord de type Nairobi (Nairobi 2) : il estimait aussi, à l'instar du président Kagame, que la solution à la crise reposait à 95% dans les mains de la RDC. La Grande- Bretagne n'excluait pas une intervention européenne mais l'estimait pour l'instant prématurée.
Du côté africain, on se contentait de protester contre la violation de l'accord de Goma, de se montrer « préoccupé » et de demander à Laurent Nkunda de reprendre sa place dans le programme AMANI . Au Rwanda, où une ONG des droits de l'homme ayant pignon sur rue jugeait, à l'instar de Laurent Nkunda, inappropriée l'envoi d'une force européenne, la ministre rwandaise des Affaires Etrangères débarqua à Kinshasa porteuse d'un message du président Kagame : ce dernier avait fait savoir au milieu de la semaine qu'il jugeait superflue une rencontre avec le président congolais.
En fin de semaine, on se dirigeait vers une formule diplomatique minimale : tandis que les présidents congolais et rwandais acceptaient de participer à un « Nairobi 2 » (qui ne concernait surtout que le problème posé par les FDLR) et que le président Kagame déclarait être prêt, selon Louis Michel, à exercer une pression sur Laurent Nkunda, le Comité politique et de sécurité de l'UE ne prenait aucune décision sur l'envoi éventuel d'une force de paix européenne. Toutefois, la France et la Grande-Bretagne, pour qui l'option de l'envoi d'un contingent européen n'était pas exclue si la MONUC ne parvenait pas à déployer des troupes basées ailleurs, envisageaient l'hypothèse d'une initiative commune portant sur l'envoi d'une force plus humanitaire que militaire destinée seulement à sécuriser l'aéroport de Goma : les populations d'un camp près de Goma chahutèrent les ministres britanniques et français des Affaires Etrangères en visite en RDC en réclamant de la sécurité et non de la nourriture. Du côté de l'ONU, le Secrétaire général, en tournée en Asie, décidait d'envoyer son adjoint en RDC ainsi que deux envoyés spéciaux à Kigali et Kinshasa. Par ailleurs, durant sa rencontre samedi avec le président Kagame, le ministre belge des Affaires Etrangères a plaidé pour que le président rwandais « continue à jouer le rôle modérateur » dans le conflit, pour que la force de la MONUC devienne plus « autonome » face aux opérations contre les bandes rebelles et pour que la MONUC joue un rôle plus important pour prévenir l'exploitation illégale des richesses naturelles : durant cet entretien, le président rwandais évoqua une liste de 120 génocidaires (et non plus 6.000 comme annoncé l'an dernier) encore présents dans les rangs des FDLR. De son côté, la sous-secrétaire d'Etat aux Affaires africaines déclarait au président Kagame qu'il n'y avait pas de preuve de l'implication du Rwanda dans le conflit, mais que le Rwanda avait soutenu naguère les rebelles de Nkunda.
De tout ceci, on peut conclure que l'offensive du chef de guerre Nkunda, facilitée par la faible réaction de la communauté internationale, occupée à d'autres « dossiers », et l'impuissance du pouvoir politique et surtout militaire congolais, a remis les compteurs à zéro . Les primes à la violence des bandes armées, que la « communauté internationale » est impuissante à gérer et encore moins à prévenir dans un futur immédiat, sont toujours à l'ordre du jour en RDC où il n'existe aucune force de dissuasion.
Dans le reste de l'actualité congolaise, de nouveaux affrontements entre les FARDC et la LRA ont eu lieu en territoire de Dungu en Province Orientale et ont entraîné le déplacement de 50.000 personnes.
On signalera aussi que, dans le domaine économique, la crise touche de nombreuses petites entreprises minières au Katanga, tandis que la plupart des société minières, à l'exception de trois entreprises importantes, ont accepté de renégocier leurs contrats avec le gouvernement. Dans le domaine de la justice, la CPI confirmera entre le 12 et le 18 décembre les charges de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité à l'encontre de Jean-Pierre Bemba.
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La Rédaction
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